Après avoir quitté Azrou en direction de Middelt, on emprunte assez vite une route sur la droite vers Aïn Leuh « l'oeil de bois », ville blottie contre la montagne. La route y est étroite et mauvaise, mais protégée par les arbres. Longue et splendide balade entre les arbres avec, par moment, une vue dominant toute la région. Les paysages changent si l'on continue vers les sources d'Oum R'Bia, le plus long fleuve du Maroc, qui termine son parcours à Azemmour en rejoignant l'océan Atlantique. Ici, pas de casbahs splendides, pas de ksours, mais des petites constructions en pierre avec des toits en tôle. Des puits ponctuent le paysage. On vient de loin, avec un âne ou deux, ou simplement à pied pour puiser l'eau. Des femmes prennent des bacs et lavent leur linge à l'eau froide. Ce sont des paysages magnifiques avec une population attachante. Mais la vie y est dure. Le climat y est rigoureux. C'est une nature qui paraît à la fois généreuse et avare, aride et fertile. Les arbres y poussent. Mais les pierres y sont nombreuses. Parfois, des enfants courent derrière la voiture, réclament de l'eau, de l'argent, un stylo. Dans leurs yeux, une demande parfois désespérée. Une terre pour les bergers. Une terre pour les poètes. Mais la poésie chante aussi l'exil. Pas un foyer qui n'abrite le nom de celui qui est parti, la jeune épouse soupirant après l'absent. « Abaisse-toi, ô mont, devant moi, je t'en supplie, deviens plaine, mon amoureux se tient au-delà de toi », chante le poème sur les lèvres des femmes. Et l'homme, dans sa solitude, répond: « Que Dieu soit témoin, d'être séparé de ma bien-aimée, je le ressens comme l'effondrement d'une chaîne de montagnes ». On imagine sans peine la douleur de devoir quitter pour des raisons économiques ces montagnes. Il faut aller à. la rencontre de ces populations, de ces terres, de ces monts pour comprendre toute la douleur de l'exil. On n'abandonne pas une terre pleine de splendeurs sans regret.