Ifrane au cœur du Moyen-Atlas

Les montagnes du Moyen-Atlas offrent un écrin de verdure aux villes et aux villages. If rune repose au cœur d'une nature généreuse, forêts, cascades et cours d'eau. Très prisée par les touristes nationaux pendant l'hiver pour sa station de ski et en été pour la proximité de ses lacs, Ifrane sert aussi de base pour la découverte d'une région attachante et splendide.

En combien de douars suis-je passé, en combien de pays ai-je voyagé, je me languis de toi, ô mon village », dit un poème berbère du Moyen-Atlas, recueilli et traduit par l'universitaire Michael Peyron dans son livre « Isaffen Ghbanin » (Rivières Profondes). Grand amoureux de l'Atlas, de la culture berbère et de la langue tamazight, c'est un infatigable randonneur. Sa longue fréquentation et son amitié pour les Imazighen de la région ont éveillé en lui le désir de fixer sur papier une partie du patrimoine poétique ancien. Il a choisi une part représentative de la culture orale et a répertorié les poèmes par thèmes, la cour, la passion, la fidélité, le pays et les gens, l'histoire, la solitude, la vieillesse et la mort. Ce livre de poèmes traduits en français est un bel accompagnement pour un voyage en pays berbère. Nous sommes dans le Moyen-Atlas, une des régions montagneuses où la nature est d'une beauté singulière, où les sites sont splendides: des routes et des pistes traversent des forêts de cèdres et de chênes verts, des plateaux déserts longent des falaises où domine une rner de monts à l'infini. Trois heures de Rabat en empruntant l'autoroute vers Meknès à travers un paysage vallonné jusqu'à la sortie de Meknès-est indiquant lfrane. La route monte progressivement, traverse les villes d'El Hajeb et d'Azrou et continue de grimper jusqu'à Ifrane, à environ 1700 mètres d'altitude, petite ville avec sa station de ski Mlischlifen et son université Al Akhawayn. ("est un premier voyage dans le Moyen-Atlas. « Médina » proposera d'autres voyages, d'autres sites.

Ifrane, la ville aux toits rouges

Depuis 1995, la construction de l'université Al Akhawayne a drainé une autre population, présente tout au long de l'année scolaire. Ce ne sont plus seulement les vacanciers qui arpentent les rues d'Ifrane, se réfugient dans les quelques cafés pour boire des boissons fumantes accompagnées de pains au chocolat, mais aussi les étudiants et les enseignants du campus. « L'Administration et l'enseignement supérieur ont renforcé son rôle de ville tertiaire », note Jean-François Troin dans « Maroc, Régions, pays, territoires ». Si Ifrane abrite des centres de vacances de l'administration, de quelques banques et sociétés, celle que les nationaux surnomment a la petite Suisse » n'offre pas encore les conditions d'accueil et d'hébergement souhaités. Le taux d'affluence des touristes ne cesse d'augmenter, ce qui devrait encourager les investisseurs à diversifier l'offre dans la région, du village de vacances à l'hôtel de luxe. Surplombant la ville et se distinguant par ses tuiles vertes, l'hôtel Michliffen est actuellement en cours de rénovation et d'agrandissement. Ifrane peut devenir sans conteste une des destinations les plus prisées du Maroc tout au long de l'année. Les étudiants ne se lamenteront plus de la ville déserte et inanimée. On peur aller toutefois se restaurer dans les hôtels, particulièrement au « Perce-Neige », l'une des meilleures tables pour déguster la truite de l'Atlas. Pour les petits-déjeuners et les goûters, on s'attardera chez le boulanger-pâtissier « Le Croustillant » dont le propriétaire parle aisément l'allemand. Le Maroc, ce sont aussi ces rencontres étonnantes de personnes à l'écart des grandes villes et qui ont un lien insoupçonné avec l'Europe et une autre langue. Dans sa boulangerie, on ne manquera pas de remarquer une photo cri noir et blanc représentant le Roi Mohammed V et son fils Hassan II. Ce qui nous plonge aussitôt dans une histoire pas si ancienne de la période de pénétration militaire française (1913-1933). Aucun canton du domaine berbère ne fut épargné. Cette intrusion fut ressentie par les habitants de la région comme un événement fondamental qui allait profondément changer leur perception du monde. Une large majorité de la population souffrait de la présence d'une nouvelle « catégorie » de Marocains, des « caïds » " rapaces et peu scrupuleux ». C'est alors avec impatience que les habitants des villages et des localités attendirent le retour d'exil du Roi Mohamtned V dans lequel ils fondaient tous leurs espoirs pour le rétablissement d'un code éthique. Des poèmes évoquent à la fois l'attachement des Berbères au trône et l'attente d'une ère nouvelle « Ainsi parle le trouvère: Berbères, le jour tarde à se lever, que chacun patiente; Lorsque la tête du souverain apparaîtra, elle resplendira comme le soleil » ; « Nous serions reconnaissants, Seigneur, qu'un jour Ton pardon vienne; qu'il chemine par les contrées, et que sonne l'heure où les caïds devront répondre de leurs méfaits », (Rivières Profondes).