La politique industrielle au Maroc

Dans la période coloniale, l'industrie de transformation est restée peu développée. Quelques activités de fabrication de matériaux de construction et de produits alimentaires s'étaient créées avant la guerre. D'autres étaient nées pendant la guerre à la faveur de l'autarcie économique et de la pénurie dans lesquelles a vécu le pays, isolé de ses sources d'approvisionnement: ce fut le cas des industries du cuir, des textiles et des corps gras. Ce mouvement s'est amplifié dans l'immédiat après guerre à la faveur des circonstances historiques qui ont facilité un afflux de capitaux français. Toutefois, dès 1953, la croissance de l'industrie a marqué un temps d'arrêt. Ainsi, l'économie du pays est restée dominée par le secteur primaire. L'agriculture et les mines représentaient les deux tiers de la production des secteurs productifs de biens. Le Maroc était relégué à la fonction de producteur et de fournisseur de biens agricoles et de matières premières minérales. Ce n'était pas une simple différence d'étape avec les économies avancées mais surtout une différence d'état et de position du système productif à l'intérieur de la division internationale du travail.
Le secteur industriel, marginal, était de surcroît cantonné dans la transformation de certains produits agricoles ou dans les biens de consommation courants. L'orientation d'une partie des investissements privés vers les industries légères imprimait à ces activités les caractéristiques d'une croissance dépendante, spéculative et anarchique dominée par la présence des capitaux et de l'encadrement technique étrangers.
 Les objectifs de la politique industrielle du Maroc indépendant devaient se résumer en deux points fondamentaux:
• dépasser l'état de sous développement reflété par la spécialisation de l'économie dans des activités agro minières;
• utiliser l'industrie comme une force capable de rompre la dépendance économique et sociale.
La première tâche de la politique industrielle au début des années soixante n'était pas seulement d'accroître et de diversifier la capacité de production nationale mais aussi et surtout d'établir une cohérence et une complémentarité de l'appareil productif par l'édification de secteurs industriels. L'Etat devait jouer un rôle déterminant dans cet effort: d'où la création du BEPI qui était destiné à mettre en place une industrie de base (sidérurgie, industrie chimique minérale, raffinage et traitement des hydrocarbures) et de la BNDE ayant pour objet, parallèlement à ses activités de crédit, de participer à la création d'entreprises industrielles, plus particulièrement dans le secteur public.
A la suite de la remise en cause des ambitions industrialistes du plan 1960 1965, la politique industrielle de l'Etat est devenue plus prudente. Bien qu'il ait été toujours considéré comme un objectif fondamental pour assurer l'indépendance économique, le développement du potentiel industriel dans la période 1965 1972 s'inscrivait surtout dans l'objectif d'accompagner le développement prioritaire du secteur agricole. Ni les taux de croissance retenus, ni les investissements prévus ne paraissaient conformes à l'objectif qui lui était assigné. L'intervention de l'Etat ne visait plus à jouer qu'un rôle de témoin ou à servir de relais aux capitaux privés. Ainsi, la physionomie industrielle du Maroc ne s'est pas modifiée de façon fondamentale dans la décennie soixante et les activités industrielles demeuraient faiblement intégrées et dépendantes de l'extérieur.
Ce n'est qu'au cours du plan 1973-1977 que l'industrie est devenue un impératif national. Le secteur agricole va désormais se réorganiser en fonction des besoins de l'industrie. Dépassant son rôle de simple incitateur, l'Etat va intervenir de manière plus décisive en tant que promoteur et entrepreneur. Les opportunités d'investissements dégagées par le relèvement du prix des phosphates vont se traduire par le développement de certaines industries techniquement évoluées (chimie, ciment, sucre). Parallèlement à ces plans sectoriels, des activités plus légères ont été encouragées (textiles, montage électrique, produits laitiers).
Le changement de la conjoncture internationale et la rupture des grands équilibres de l'économie ont impliqué l'adoption de deux lignes d'action industrielle dans la période (1978-1986): la poursuite de la réalisation des plans sectoriels définis dans les industries sucrières, cimentières et phosphatières, l'étude de la mise en place des structures nécessaires à la production des biens d'équipement et des biens de consommation intermédiaire.
A moyen et long terme, la politique industrielle reste confrontée à la nécessité de concilier l'implantation d'une industrie de base avec les contraintes financières et dimensionnelles de l'économie nationale. Elle reste aussi appelée à articuler la croissance industrielle avec le développement parallèle et complémentaire de la politique agricole et minière.

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