Casinos du Maroc
Le Maroc compte six casinos qui n'ont rien à envier aux meilleurs casinos du monde. Et d'autres sont attendus dans le cadre de divers programmes d'aménagement touristique. Contrairement à certaines idées reçues, ces établissements drainent non seulement une clientèle haut de gamme, mais ils contribuent aux finances publiques par le biais de diverses taxes qu'ils versent à l'Etat. Voyage de rêve à Marrakech avec EsSaadi et La Mamounia, à Tanger avec le Movenpick et à Agadir avec le Mirage et Shem's.
Malgré leur participation au développement du tourisme, les casinos sont le sujet de choix des polémistes de tous poils. Pour ça, ils ont le dos large. Taxé tantôt de lieu de débauche, tantôt de pompe à fric, le casino n'est en réalité qu'un endroit comme les autres où l'on peut tenter sa chance pour gagner ou dépenser de l'argent avec, en prime, la sécurité, le confort, la confidentialité, l'animation totale. Comme le dit bien le slogan publicitaire d'un groupe français leader en la matière « le casino c'est un peu comme la météo, un jour c'est le beau temps, un autre c'est les nuages ». Pour sa part, Patrick Partouche, qui trône sur le premier groupe européen des casinos et possède l'un des trois établissements de jeux d'Agadir (Sud du Maroc), en l'occurrence le Mirage, avait récemment dénoncé dans un média français l'hypocrisie populaire et populiste dont continuent de faire l'objet les casinos. « On ne parle jamais de ceux qui empochent le jackpot, mais seulement de ceux qui perdent », a déclaré ce fils d'Isidore Partouche, un pied‑noir qui a commencé comme cordonnier pour bâtir une fortune dans les métiers du jeu. Un élu de la déesse Fortuna! On ne parle pas non plus des mordus du Loto ou du PMU ou tout simplement des boursicoteurs. Quand on sait que plusieurs places financières dans le monde portent le nom de « Bourse des valeurs », on se demande de quelles valeurs il s'agit. Celles du capitalisme, pardi! En réalité, à chaque crise sociale, les valeurs religieuses remontent et prennent le dessus et l'on cherche le bouc émissaire. C'est classique, mais ce n'est guère notre propos. Mais disons quand même que dans cette injuste polémique, les pourfendeurs marocains n'y vont pas de main morte. Islamistes en tête, ils ont fait de la diabolisation du casino le sixième piler de l'Islam. Les plus modérés d'entre eux reprochent aux établissements de jeux de ne rien apporter au pays ni en devises ni en emplois. Ce qui est archi‑f aux. Le casino est une attraction touristique, voire l'une de ses principales plaques tournantes. « C'est un lieu qui crée de l'animation, de l'emploi et qui attire de grandes personnalités du monde des affaires et du spectacle. C'est de ]'entertainment, comme disent les Américains », explique Jean‑Alexandre Bauchet directeur du Casino EsSaadi, communément connu sous le nom de casino de Marrakech. C'est en fait le plus ancien des six casinos en service actuellement. « Le joueur loue une chambre d'hôtel, se restaure et fait du shopping: il ne passe pas sa vie dans la salle des jeux! », remarque un voyagiste marocain. Mais il y a mieux contrairement à des idées reçues, ces établissements de jeux non seulement drainent au pays une clientèle haut de gamme assez dépensière, mais ils sont de grands contributeurs aux finances publiques par le biais de diverses taxes qu'ils versent à l'Etat. Des taxes dont on ne parle jamais. Le Décret n° 2‑87‑912 du 30 décembre 1987 institue au profit de la Mutuelle des Forces armées royales une taxe parafiscale sur les jeux de hasard pratiqués dans les casinos. Le même texte de loi, émis l'année de l'inauguration du casino de La Mamounia, impose à ces établissements de jeux une autre taxe au profit de l'entraide nationale! Mieux encore, ces casinos sont soumis à une double contrainte. L'une structurelle, à savoir la relative cherté de la concession de la licence des jeux par rapport à des pays concurrents comme la Tunisie qui ne possède à notre connaissance que quatre casinos, et l'autre conjoncturelle, liée au climat politique général, surtout au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Sans oublier les cambriolages et les arnaques à grande échelle dont sont victimes parfois ces établissements. Le Mirage d'Agadir, ouvert en 1996, en collaboration avec le Club Méditerranée, a été cambriolé au début des années deux mille. Mais « grâce à une très bonne gestion et à une clientèle fidèle haut de gamme, cette maison continue de réaliser des chiffres d'affaires plus qu'honorables », nous confie une bonne source. Des chiffres d'affaires saisonniers pour la plupart des casinos. Pour Shem's d'Agadir qui se situerait juste devant le Dorint Atlantic palace, ouvert il y a environ dix‑huit mois, «la haute saison s'étale, grosso modo, de décembre à juin », révèle un responsable de ce casino dirigé par Célicien Casanova. Idem pour le Movenpick de Tanger. Par contre, pour ce qui est du Mamounia de Marrakech qui ne ferme pas durant les travaux de refonte de l'hôtel, « l'activité s'étale sur toute l'année, sauf lors du Ramadan », indique Madame Zohra Laghzal. Presque le même constat pour Es‑Saadi. Cette linéarité de l'activité des casinos de Marrakech s'expliquerait en grande partie par le fait que la cité ocre ne dépend pas du tourisme balnéaire comme Agadir et Tanger et surtout quelle est devenue la résidence permanente d'une partie non négligeable de la jet‑set mondiale. En fait, les gains de nombre de casinos ne proviennent pas uniquement des mises des joueurs, mais également de la restauration et de l'hébergement. Sans perdre de vue que les casinos appartenant à de grands groupes multinationaux rapatrient totalement leurs bénéfices vers le pays d'origine. Ce que ne font pas les casinos indépendants comme Es‑Saadi qui garde ses gains sur place, précise Jean‑Alexandre Bauchet. Mais, nuance une source qui veut garder l'anonymat, les choses sont beaucoup plus compliquées: «FEtat n'est pas en position de force pour imposer à ces grands groupes de s'abstenir de transférer leurs gains vers l'étranger; dans ce sens que ces derniers sont souvent de grands conglomérats mêlant moult activités complémentaires dont la gestion et la construction hôtelières, casinos, ports de plaisance, transport, restauration gastronomique et d'entreprise, transport et, de ce fait, il est impossible de leur imposer quoi que ce soit, surtout si le casino fait partie d'un package général, à prendre dans son ensemble ou à laisser ».
Le hasard et la nécessité
Si actuellement le plus ancien casino marocain est Es‑Saadi, qui a été construit en 1952, d'autres, plus anciens, ont existé, comme celui de Mazagan (El Jadida actuellement: un hôtel qui, en réalité, ne répondait pas vraiment à la définition stricte de casino). Le Casino municipal de Mazagan a été construit sur pilotis dans la mer, vers 1935‑1936. 11 a d'abord été monté en bois au milieu des années vingt avant d'être bâti sur des piliers en béton armé. Sa passerelle formait le prolongement de l'avenue Louis Barthou (actuellement avenue de l'Armée royale). On raconte que le propriétaire aurait été assassiné dans la foulée des émeutes pour l'indépendance. En tout cas, cet établissement qui fut la fierté des Jdidis et où des réunions‑banquets de franc‑maçons se sont déroulées, notamment en 1930, fut démoli en 1953 pour, raconte‑t‑on toujours, ne pas faire de l'ombre à un futur hôtel, le Marhaba qui était en projet. Autre vieux casino d'abord monté sur bois avant le béton armé, celui de Mohammedia, trente km au nord de Casablanca. Cet établissement dont se souviennent non sans nostalgie les anciens de Fédala (ancien nom de Mohammedia) a été également construit par la f amifie Bauchet qui tient son aîné Es‑Saadi de Marrakech. Le casino de Fédala a été fermé en 1990. depuis, le bâtiment encore debout et ajouté au domaine royal ne connaît aucune autre activité ni recyclage. Quel dommage! Quand on sait l'histoire de ce monument cité dans une célèbre chanson de jaques brel. La clientèle de Mohammedia aimait se promener le long de sa digue, promenade bordée de jardins et de villas, et se retrouver au casino en bord de mer, ou dans les hôtels de luxe. La belle époque.

