Laâyoune, la cité du sud :
Dans un milieu naturel difficile, entre désert et océan, s'est édifiée en quelques décennies la ville de Laâyoune. Ville de tous les possibles, la cité du sud abrite la population sahraouie et des habitants de toutes les régions du Maroc. Laâyoune se ditingue par son rythme de vie, les traditions et les moeurs des hommes du Sahara. Aujourd'hui des hommes impliqués dans le devenir de la ville voudraient voir s'y développer le tourisme.
A peine posent-ils leur pied à l'aéroport de Laâyoune les voyageurs demandent aussitôt quel est le prochain vol qui quitte la ville », raconte malicieusement, mais aussi un peu navré de tant de hâte, un habitant de Laâyoune. Et ce n'est pas sans une certaine gêne amusée que nous nous sommes reconnus dans ce portrait du voyageur, de surcroît journaliste, trop pressé, qui en est à son deuxième voyage dans la région, qui s'imagine avoir presque tout vu et se demande, anxieux, en vue de son papier, ce qu'il pourra bien découvrir de nouveau.
Une heure trente de vol de Casablanca. Vol de nuit, vers le Sud. Arrivée tardive à l'hôtel. On a juste eu le temps de happer quelques images de la ville. Des avenues et des rues larges, avec des édifices à deux étages couleur terre de Sienne, des places où flânent encore quelques passants et où courent quelques adolescents derrière un ballon, des taxis rouges et blancs qui circulent encore et enfin les familières voitures de la Minurso. Il est pourtant près de minuit.
Des pizzerias sont encore ouvertes et des personnes sont attablées. Les nuits sont plus longues. Séjourner à Laâyoune, c'est découvrir non seulement un autre espace, mais aussi vivre un autre rythme. Le temps se vit autrement. La cadence qui nous entraîne à Casablanca ou à Rabat change ici. Et il faut sans regret s'y abandonner.
Laâyoune, la ville de tous les efforts
Le premier réveil dans une ville du désert, quelle qu'elle soit, a toujours une saveur particulière. Non seulement parce que le désert est lié à tout un imaginaire fantasmatique et mythique, mais parce qu'une ville, au milieu de la rocaille et du sable, conserve le parfum primitif du combat de l'homme contre les éléments. Et ce furent nos pensées, au petitdéjeuner de ce premier matin à l'hôtel. Il a fallu de la volonté, de la rigueur, de l'acharnement pour élever, entre océan froid et désert brûlant, une ville avec ses écoles, son hôpital, ses dispensaires... Et ce n'est pas sans étonnement, dans une région aux précipitations rares et où chaque goutte de pluie est vécue comme un don de Dieu que l'on regarde l'eau couler dans l'évier. Laâyoune, c'est d'abord ce défi relevé contre une nature qui ne pardonne rien. Tant la mer (même si poissonneuse) que le désert. Laâyoune fut fondée en 1932 par le colonel De Oro qui va consolider un phénomène de sédentarisation qui avait déjà commencé à la fin du XIXe siècle au Sahara avec Dakhla (Villa Cisneros) fondée en 1884 et Smara fondée en 1895 par le Cheikh Mâ El Aïnin. L'extraction des phosphates a été une des raisons principales de la fondation de la ville. La destruction de Smara en 1913 par le colonel français Mouret et l'opération « punitive » franco-espagnole contre l'armée marocaine en 1958 a poussé les nomades à se replier vers le Nord. La sécheresse a été aussi à l'origine de la sédentarisation. Mais « les autorités espagnoles n'avaient fourni aucun effort pour permettre la fixation de ces nomades dans les petits centres nouvellement créés, au contraire elles se sont opposées à ce phénomène en dressant un ensemble de barrières devant tout nouveau venu, dans le seul but de le maintenir loin des villes le plus longtemps possible », « Le Sahara dans l'Histoire du Maroc », de Brahim Boutaleb. Cette politique aurait duré jusqu'aux années soixantedix. Un petit effort aurait été fourni à Laâyoune et à Dakhla dans le secteur social « des logements uniquement pour les chioukh (pluriel de cheikh) ont été construits. C'est ainsi qu'on a vu naître, du jour au lendemain, un ensemble de bidonvilles autour de Laâyoune, dont les noms étaient significatifs « Lahouna » (qui veut dire: on nous a jetés) « hay Debane » (quartier des mouches) », Brahim Boutaleb. En 1970, un petit centre de formation professionnelle est créé à Laâyoune qui devait fournir quelques ouvriers spécialisés pour satisfaire les besoins des mines de Boucraâ.
Lors de la récupération des Provinces du Sud, Laâyoune se caractérise par un vide quasi total en ce qui concerne les équipements. Il va falloir déployer des efforts gigantesques, débloquer des budgets considérables pour faire de Laâyoune une ville conforme aux besoins de ses habitants et tenant compte des spécificités de la région. Tout fut à faire: mettre en place une administration efficace, construire des établissements scolaires, des sanitaires, créer des équipements socio-éducatifs, les postes de télécommunications, ouvrir des voies terrestres, aériennes, maritimes, pourvoir toute la ville en eau potable, en électricité... C'est ce qui nous venait à l'esprit en parcourant les rues de Laâyoune dans l'agitation fébrile du milieu de la matinée. La tentation est toujours grande de monter dans une voiture tout terrain et de filer en direction de Tarfaya, de Smara ou de llakhla; pourtant Laâyoune, ville qui ne cesse de s'accroître, ne possède pas moins d'attraits. Pas tant dans ses monuments rares qu'on ne manquera pas de visiter, la Place Méchouar, la Cathédrale, le Musée des Nomades (qui ne devrait pas seulement servir comme lieu de souvenir, mais comme invitation à perpétuer un certain savoir-faire artisanal), l'ensemble artisanal (qui attend une renaissance dynamique) que dans ses rythmes quotidiens. A la tombée du jour, la ville commence à s'animer avec une intensité particulière. Les premières lumières de la ville s'allument, les terrasses des cafés ne désemplissent pas. Nul ne semble plus être chez soi. On fait ses achats au souk. Tout visiteur ne devrait pas manquer le souk de Skikina. Coloré et bien achalandé, offrant cette sensation subtile d'ordre et de désordre, de labyrinthe bien structuré, on y découvre avec émerveillement des étalages de fruits et de légumes qui n'ont rien à envier à ceux de la capitale. Pour un dépaysement assuré, il faut parcourir la rue des échoppes où se vendent les habits traditionnels des gens du désert. Plaisir des couleurs et des étoffes. Et si nul n'est tenu d'aller au souk, il peut toujours déambuler dans les larges avenues. Tard dans la nuit, des couples y traînent le pas, des groupes de femmes assises conversent, des hommes jouent au jeu de dames avec des cailloux, à même le sol. À ce spectacle des hommes absorbés dans leur jeu ou à celui des femmes enveloppées dans leur melhafz, on se dit que le discours d'une authenticité menacée par la sédentarisation, l'urbanisation ou la mondialisation est mis à mal. Laaîyoune a connu une démographie hors du commun. 48000 habitants en 1981, 93000 en 1984 et... en 2006. La vie moins chère et la perspective d'un avenir meilleur a provoqué un déferlement des « gens du Nord » comme on les nomme aussi. Laâyoune, à l'image de Casablanca, est composée des populations de toutes les régions du pays. « Les Sahraouis », les gens du Sahara, anciens nomades aujourd'hui sédentarisés, ouverts sur le monde et sur leur temps, n'en gardent pas moins une langue, des traditions et des spécificités.
