Renaissance timide d'un artisanat

Les artisans, les « maallemin » (ceux qui savent), nomadisaient avec la tribu dans laquelle étaient leurs patrons. Ils payaient un tribut et travaillaient gratuitement pour lui. Leur travail consistait en la fabrication et la réparation des objets. Le Musée des Nomades donne un aperçu de tout le nécessaire qui était fait par les artisans, selles de dromadaires, objets ménagers, couteaux en fer et cuivre, bijoux, bracelets, pendentifs, stylets à khol en argent. Les artisans tannaient le cuir pour confectionner des tapis de selle, des rênes, des sangles, des coussins, des sacs. La décoration des peaux incombait aux femmes. Elles confectionnaient aussi des coussins frangés, des blagues à tabac et surtout elles tissaient les tentes. On trouve dans l'artisanat nomade le travail du bois (des bois différents selon l'objet) pour les selles de dromadaires, le contrefort de la selle, les mortiers, les écuelles, les récipients, les manches de haches, les cuillères, les tiges de métier à tisser... Le mobilier du sol était fait de nattes, de tapis très colorés et de coussins. Il existait aussi un artisanat pour le mobilier du thé (bouilloire, théière, « kuntyia, sortes de corbillons à logettes) et pour les lettrés, des caisses pour y déposer livres et papier.

Une visite chez les bijoutiers de Laâyoune permet de voir le travail de l'argent, les bijoux, les armes, les chapelets... Cet artisanat étant fortement lié au mode de vie nomade, la sédentarisation a porté un sérieux coup au savoir-faire des artisans. La construction du centre artisanal de Laâyoune, qui fait montre d'une bonne intention, semble jusqu'à présent plus désigner l'épuisement d'une fabrication que son effervescence. « L'artisanat a toujours été le monopole des gens pauvres. Aujourd'hui, nous voulons revaloriser l'artisanat. Une des idées qui permettraient de relancer un artisanat dans la région, c'est d'introduire ce qui est du Nord au Sud, comme, par exemple, la broderie de Rabat avec des motifs du Sud. Nous avons déjà commencé par faire des dessins du Sud sur le cuir. Ça se faisait certes avant, aujourd'hui, nous pouvons l'imaginer sur des objets modernes en cuir avec des peintures résistantes », explique Hajbouha Zoubeir. La présidente insiste sur l'importance de la formation des jeunes pour former un artisanat de qualité. C'est un secteur où la femme sahraouie souhaite s'imposer. Le démarrage est lent. Mais un festival d'artisanat comme celui de Boujdour, au mois de novembre, démontre qu'il existe une prise de conscience et une volonté de la région pour faire renaître un patrimoine.

Publicité sur le Maroc par Google