Il est des événements particuliers qui font exception parmi les traditions et les acquis préservés au fil des siècles. Le moussem d'Imilchil est de ceux-là, unique au Maroc et tout à fait différent des autres moussems connus. En effet, seuls les hauts plateaux du Haut Atlas, ces montagnes grandioses et uniques, voient se dérouler chaque année cet important rassemblement, mélangeant foire agricole, événement religieux et surtout occasion unique durant laquelle des jeunes filles veuves ou divorcées peuvent choisir librement un homme et l'épouser immédiatement. Une tradition sans équivalence dans le monde musulman.
Découvrir les merveilleux plateaux situés à très haute altitude dans l'Atlas, c'est d'abord s'armer de patience, d'un véhicule tout terrain solide et surtout se préparer à découvrir un paysage particulier. En effet, après les étroits défilés qui forment la piste le long de l'oued, après un col exigu où l'on est récompensé par une vue superbe sur le massif, la piste débouche sur les Hauts Plateaux, la vraie montagne berbère. La première chose que l'on découvre après un détour soudain, c'est le lac de la Fiancée, le lac Tislit. A partir de là, on reste sur les hautes vallées de ce massif de l'Atlas si célèbre (n'oublions pas que d'après la mythologie grecque, c'est le géant Atlas qui supporte le monde!) C'est une succession de ruisseaux qui forment l'Assif Melloul, avec de grands champs verdoyants aux parcelles tirées au cordeau. On peut y voir des femmes aux couleurs chatoyantes occupées à travailler, et au loin de grands arbres élancés donnant de l'ombre aux grandes « casbahs » ocres qui forment les villages. C'est un paysage reposant, tout en douceur, où l'on peut presque palper le rythme calme de ces régions et où le temps ne se subit pas mais se savoure!
Mais l'hiver est rude en haute montagne. La neige bloque parfois pendant des mois la circulation avec les villes « d'en bas », isolant presque complètement les paysans vivant au rythme des saisons! Les hommes et les bêtes mènent alors une vie au ralenti, profitant de l'immobilisation pour tisser des pantalons typiques de ces régions, en laine, rayés marron et blanc. Les veillées sont longues et l'on parle doucement le soir, pour ne pas déranger les « Djinns » qui circulent dans ces vallées. Les femmes tissent, et elles font ensuite coudre les vêtements par le « fqih » du village (elles ne cousent jamais!).
Le turban, simple pièce de toile enroulée autour de la tête, est une pièce essentielle. Autrefois, pour sceller une transaction, les deux parties échangeaient leur turban. Si l'un d'eux se parjurait, son turban teint en noir était exposé de manière infamante pendant le souk pour attirer sur lui la réprobation générale!
Dès que la neige fond, dès que le printemps éclate, les vallées et plateaux bourdonnent de vie et c'est un spectacle de couleurs extraordinaires à chaque village. Imilchil occupe le centre de ces hauts plateaux, avec son Igherm (grenier fortifié) géant, ses casbahs tout autour, proche de l'Assif Melloul, rivière vitale pour cette région dont le cours superbe peut être descendu à pied en dehors des périodes de crues.
Les Aït Atta viennent du Sahara et ont occupé, autrefois, les territoires des Iguerrouans en s'emparant, par la ruse, du Ksar fortifié, ne pouvant songer à l'enlever de force. Ils arrivèrent avec de nombreux mulets porteurs de grands « chouaris » (paniers doubles pour bâter les ânes ou les mulets). Dans chacun d'eux, se trouvaient des guerriers Aït Atta. Ils parvinrent à entrer dans la forteresse. La fille du portier, intriguée par le nombre de chouaris, s'étonne et pique l'un des paniers avec sa « fibule ».
Le guerrier hurle et l'attaque. Surprise réussie! Les Iguerrouans, qui étaient des nomades, s'enfuirent vers le nord pour ne plus jamais revenir dans l'Assif Melloul. Les Aït Atta furent ensuite chassés par les Aït Morad, eux-mêmes remplacés par les Aït Hdiddou, auxquels ils ne purent résister. Ce peuple guerrier courageux et énergique, a récupéré ainsi la mainmise sur tous les pâturages de la région. Ils sont devenus maintenant de paisibles paysans qui mettent en valeur cette haute terre. Grâce à l'Assif Melloul (Assif signifie Oued ou rivière en berbère), ils savent faire pousser l'orge, le blé tendre, et tant d'autres cultures qui font la richesse agricole de ces vallées.
Leur tribu comptent environ cinq mille familles, qui vivent souvent l'été sous la tente, accompagnant ainsi la transhumance qui commence dès avril. Ils regagnent alors les pâturages d'altitude et fêtent dignement le printemps et la vie des plateaux. Ce n'est qu'à la fin de l'été qu'ils redescendront vers les vallées. Le Moussem de septembre est une dernière occasion de se réunir, de faire la fête ou de commercer avant l'hiver qui promet d'être rude encore cette année.
