VOYAGE MAROC

Grande romancière du XX ème siècle, l'Américaine Edith Wharton reçut en 1921 l'envié prix Pulitzer. Grande voyageuse, ses pas la menèrent au Maroc, en 1917. À cette occasion, elle rédigea le récit de ses pérégrinations, premier guide touristique sur le Royaume.

LE VOYAGE D'EDITH WHARTON AU MAROC

Edith Jones naît en  1862 dans une famille de bourgeois newyorkais aisés. Sa mère ne l'aime pas et la petite fille se réfugie très tôt dans la lecture et l'imaginaire. Dès l'âge de onze ans, elle écrit. De 1866 à 1872, elle accompagne sa famille en Europe. À vingttrois ans, lorsqu'elle épouse Edward Wharton, elle espère se dégager des pesanteurs de son milieu familial. Le couple emménage à Newport. En 1891, sa nouvelle, « Mrs Manstey's View » est publiée. Edith Wharton achète alors une maison à New York. Au tournant du siècle, elle fait construire une villa luxueuse à Lenox, tandis qu'elle publie deux recueils de nouvelles. Dès 1900, elle entreprend une correspondance avec l'écrivain Henry  James, avec  lequel elle vivra une amitié mouvementée. La reconnaissance littéraire arrive dès 1905. Le tirage de son premier best-seller, « The House of Mirth », atteint en effet 140000 exemplaires! Alors que son mariage déçoit ses attentes, elle décide d'entreprendre de lointains voyages qui la mèneront au-delà de l'Atlantique, en Italie mais également en France. En 1906, elle s'installe à Paris, rue de Varenne, et évolue dans un cercle culturel auquel appartient André Gide. À quarante ans passés, elle rencontre le journaliste Morton Fullerton, une liaison vouée à l'échec. N'ayant pas eu d'enfant, Edith Wharton divorce d'avec Edward, en 1913. Celle qui mène une existence jugée à l'époque sulfureuse, dédie désormais sa vie à l'écriture, avec ses romans « Ethan Frome », « La Récompense d'une
mère », « Les Beaux Mariages », « Le Temps de l'innocence »... Cela ne l'éloigne pas de préoccupations sociales. Durant la Première Guerre mondiale, elle se jette à corps perdu dans l'aide humanitaire, porte inlassablement secours aux réfugiés, aux chômeurs.

1917, invitation au Maroc

C'est à l'invitation du Résident Général de la République Française, Philippe Lyautey, qu'Edith Wharton se rend pour la première fois au Maroc, en 1917. II convient de replacer ce court séjour - elle ne reste qu'un mois dans le Royaume - dans le contexte de la guerre qui entrave les déplacements. Son ambition est de rédiger le « premier guide touristique » sur le Maroc. Elle prédit: « Le jour, très prochain, où les voyages modernes en feront une destination banale et encombrée... » et est bien consciente que très bientôt, « quand le flot arrivera, plus aucun oeil ne pourra voir Moulay Idriss, Fès ou Marrakech comme je les ai vues ». Ses récits sont tout d'abord publiés dans des journaux américains, puis elle les réunit en un volume qui paraît en 1920. Elle y révèle aux lecteurs les trésors culturels infinis que recèle le pays, qu'elle découvre avec un grand enthousiasme, d'autant que, note-t
elle, « à peine le rocher de Gibraltar a-t-il disparu dans les nuages que l'on met le pied sur le sol d'une Afrique presque inconnue ».

Au départ de Tanger

En effet, en 1917, le Maroc reste en grande partie terra incognita pour les Occidentaux puisque, comme le rappelle Edith Wharton, il « n'est ouvert aux voyageurs, de Tanger jusqu'au Haut-Atlas et de Moulay Idriss jusqu'à l'océan atlantique que depuis l'année dernière ».
Tanger « la cosmopolite, la surannée » reste familière: les touristes la visitent depuis déjà quarante années, « ville bleu pâle, adossée à l'intérieur de remparts ocres, contre les jardins touffus de la « Montagne », dont l'écrivain souligne « l'animation de sa place et la secrète beauté de ses rues arabes escarpées. » Sur la route, il n'y aura plus que « de longues files de chameaux se profilant comme des frises marron sur le ciel, des petits ânes noirs, trottant au milieu de la végétation rase sous le poids de leurs énormes selles et de nobles silhouettes drapées qui marchent à leur côté ou qui sont majestueusement juchées sur leur croupe ».

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