Casino ES SAADI à Marrakech

Si Marrakech est devenue la ville chérie des people du monde entier, c'est aussi grâce à des lieux comme le Casino Es Saadi qui conserve son atmosphère des années cinquante et son théâtre, métamorphosé en lieu hyper branché et ressuscité sous le nom de Théâtro.

Nous avons eu le privilège de rencontrer en même temps trois gênerations de la famille Bauchet Bouhlal et, bientôt, quatre!Animés par une passion commune, faire vivre leur domaine en lui conservant sa personnalité et en respectant son histoire, dans la plus belle harmonie où passé et présent se conjuguent en permanence. Ils et elles ont tant à dire... Tous nous ont confié leurs souvenirs avec chaleur, avec simplicité aussi, nous ont parlé de leurs dernières réalisations et de leurs projets. Qu'il est doux d'être ainsi admis pour quelques heures au sein d'une tribu pétrie d'intelligence et de force, de savoir-faire et de courtoisie, qui possède un don de divination et de clairvoyance pour prévoir les tendances à venir... Un moment d'une force exceptionnelle que nous voulions absolument partager avec vous.

Quand l'Hivernage était désert

Jean-Alexandre, qui est de la troisième génération: « Mon grand-père, Jean Bauchet, et ma grand-mère sont arrivés en 1949. Ils avaient créé une société qui devait faire un lotissement car, venus une première fois l'année précédente, ils étaient tombés amoureux du lieu. Ils ont donc fait le plan de viabilisation de l'Hivernage et ont gardé huit hectares au milieu, où existait déjà la structure construite dans les années trente du futur casino. Mon grand-père a tracé luimême les routes, voilà pourquoi l'avenue mène directement au casino. Le rond-point avec la fontaine a été créé par lui pour son inauguration. Il a été le premier à mettre l'éclairage dans les palmiers. Quelqu'un lui avait même dit: " Tu mets des lampes dans les arbres, mais les dattes ne pousseront pas plus vite! ".
En 1949, c'était vraiment le désert autour. Nous sommes à l'initiative de l'eau et de l'électricité dans l'Hivernage, car le Saadi a été l'une des premières constructions de ce quartier et d'ailleurs un important bâtiment technique dont dépend tout le secteur se situe toujours sur notre domaine ».

Le Casino de Marrakech

« Mon grand-père possédait à Paris le Moulin Rouge, le Casino de Paris, le Tabarin, ainsi que le Casino de Forges les Eaux et celui du Liban. Il faisait tourner ses spectacles et ses artistes dans tous ses établissements. Il a inauguré le Casino de Marrakech le 28 novembre 1952 avec la troupe du Lido de Paris au grand complet. C'était alors le premier casino d'Afrique à proposer des jeux américains à la mode, tels le Black Jack, le poker et le Craps. La base américaine de Ben Guerir était très active, il y avait souvent la fête au Casino. On y dansait le rock and roll dans les années cinquante et soixante, avec un orchestre. C'est là que beaucoup ont appris à danser! ». En 1920, Madame Elisabeth Bauchet Bouhlal, fille du fondateur et mère de Jean-Alexandre, crée dans l'enceinte du Casino un cabaret proposant le premier dîner spectacle marocain à Marrakech: « Avec des numéros, un timing, les tiskiwin, la danse à la canne, les charmeurs de serpents, la guédra, les Gnaouas, tout s'enchaînait. Dans la salle des machines à sous, nous avions fait dresser une grande tente avec un orchestre. Dans l'entrée, la scène hydraulique qui monte et qui descend est toujours là! De même que nous avons gardé les anciens plateaux du jeu de boules, en marqueterie, mis aujourd'hui en décor près de l'orchestre, en hauteur. Nous sommes conservateurs! ».

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Le renouveau du Casino

L'hôtel Es Saadi, un cinq étoiles qui avait ouvert en 1966 dans le domaine, a été rénové en 2004. En 2002 s'y est adjoint l'Oriental Spa, conçu et géré par l'épouse de JeanAlexandre. Le Casino et le Théâtre ont été restaurés en 2003, sous la direction technique et la vigilance de son père, et ouverts au public pour une nouvelle vie. Â l'extérieur, un rond-point majestueux a été aménagé, d'où jaillit à intervalles réguliers une flamme de vingt mètres de haut. On peut aussi accéder au Casino depuis l'hôtel, par un petit chemin sinueux. Le décor est résolument cinquante, d'un ton qu'on ne pourrait créer de toutes pièces. L'immense coupole à cannelures, les quatorze mètres de hauteur sous plafond dans la salle du casino, la roulette, le bois couleur acajou, tout* le mobilier restauré datent de l'ouverture. « Nous avons intégré la modernité sans dénaturer, ma grand-mère qui est présente chaque soir vous le dira. Voyez la courbure typique des chaises, les lampes frises, en plâtre, avec un esprit d'époque, les modèle d'abat-jour repris à l'identique, en soie plissée, la moquette avec des palmes brun fauve. Une courtisane au mur, telle du cuir beige, du bois foncé partout, des formes très droites, carrées. Seuls les palmiers en miroirs sont contemporains, mais toujours dans le style des années cinquante. Les marbres de l'escalier sont d'origine, nous les avons fait nettoyer, ils sont repolis, tout simplement... ». En haut des marches, un orchestre joue à partir de vingt-trois heures. « Nous avons notre propre école et nous engageons des professionnels. Nous avons formé nous-même des Marocains, sinon, ce sont des Européens de l'Ouest et de l'Est, des Roumains, qui parlent facilement le français. Ce qui représente pour le personnel des tables de jeux trente à quarante personnes quand même. Au Casino, nos clients viennent du monde entier. Il y a ceux qui gagnent et qui sablent le champagne avec nous! ».