LES RIADS à Marrakech :
Qui aurait deviné, il y a quelques années, l'engouement que susciteraient ces maisons traditionnelles marocaines avec patio, nichées au cœur des médinas de Marrakech, d'Essaouira ou de Fès? Seuls quelques privilégiés y vivaient jadis, gardant jalousement leur secret. Aujourd'hui, la jet set internationale ne parle plus que de riads et plus de trois cents maisons d'hôtes ont été répertoriées dans la seule médina de Marrakech... Acheter l'un de ces petits « palais », louer un riad ou une chambre seulement, tout est possible! Suivez-nous à travers le labyrinthe des ruelles...
Dès les premières ambassades au Maroc, les Européens tombent sous le charme de l'architecture traditionnelle marocaine. Ainsi, en 1890, l'Académicien français Pierre Loti, dans la médina de Fès, s'extasie sur les fontaines, mais aussi sur les arcades et arabesques savantes. Comme le célèbre écrivain, on peut aujourd'hui découvrir cette ville en séjournant dans son enceinte, à Dar El Ghalia, qui a su préserver un cachet ancien et authentique. Parfois, le rêve orientaliste se rapproche de la réalité. Jacques Majorelle, séduit par Marrakech, loua une maison dans le quartier de Ben Salah avant de s'installer dans ses fameux jardins. Mais, dès 1920, il déplore la transformation de la médina et appelle à sa préservation. En 1936, Denise Masson habite dans la médina de Marrakech. Elle se dévoue à son métier d'infirmière, mais le cadre et la quiétude de son riad l'inspirent sûrement, puisque c'est là, entre les murs clos de son patio, qu'elle traduira le Coran. Les étrangers qui à l'époque osaient s'aventurer dans le dédale des ruelles étaient rares et perçus comme excentriques. Mais peintres, artistes et écrivains ont toujours été séduits par cet habitat si particulier, à l'image du paradis où s'harmonisent les quatre éléments : l'eau qui jaillit d'une fontaine centrale, la terre où s'épanouissent des orangers, l'air qui se joue de ces maisons ouvertes et le feu à l'endroit où la cuisinière experte allume les braises de son kanoun pour que le tagine mijote doucement ou bien pour parfumer les lieux de son encens magique.
Jardins secrets pour célébrités
Il y a trente ans déjà, des personnalités venaient se ressourcer à Marrakech. Écrire, lire, peindre, créer, rien ne les enchantait plus que les riads. Yves Saint Laurent et Pierre Berge eurent leur maison dans la médina, Dar El Hanch. Mais aussi Alain Delon et Mireille Darc, au Palais de la Zahia. Certains riads connaissent toujours des fêtes éblouissantes et accueillent la jet set internationale. D'autres se font plus secrets et n'y pénètrent que les amis intimes. Chacun y invente, réinvente sa vie. Le parfumeur Serge Lutens est tombé amoureux de sa maison en 1974. Dès lors, comme dans un conte des Mille et une nuits, il n'a cessé d'y consacrer son temps, lui offrant les meilleurs maalems... Il comprend l'engouement actuel pour les riads : « Les demeures avec le jardin intérieur refermées sur elles mêmes, cette vie totalement privée, correspondent parfaitement à ce que l'on recherche maintenant ».
Cependant, cet esthète déplore les rénovations actuelles, leur ignorance du sens de la beauté que connaissaient encore les architectes marocains qui conçurent ces maisons aux harmonieuses proportions.
Depuis les années soixante-dix, le secret était bien gardé. La chanteuse Sapho, le journaliste Henry-Louis de la Grange, l'artiste Mia Remmal, les Guérand-Hermès, le décorateur Bill Willis... Ils étaient nombreux à goûter aux charmes des riads et certains en firent même leur résidence principale. Aujourd'hui, au Palais de la Zahia, Bernard-Henri Lévy et Arielle Dombasle ont remplacé Alain Delon. Inès de la Fressange chine dans les souks, sourire aux lèvres. Jean-Paul Gaultier aménage son riad et Pascal Grégory se repose de ses tournages. Ambassadeurs et diplomates, acteurs... Mais qui, aujourd'hui, n'a pas son riad? À Fès,
Essaouira, Marrakech, c'est là qu'il faut être et être vus! Mais, pour quelques happy few, combien d'autres préservent jalousement leur anonymat derrière de lourdes portes cloutées ? Les Marocains, qui avaient déserté le centre des villes anciennes, reviennent ou aménagent l'ancienne demeure familiale, telle la styliste Kenza Melehi qui partage son temps entre le Maroc et l'Angleterre... Et les riads s'exportent ! D'aucuns font même venir des maalems marocains jusqu'à Paris ou Los Angeles pour faire construire leurs riads ! Ou bien ils se tournent vers la Palmeraie de Marrakech...
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