Le quartier industriel Sidi Ghanem de Marrakech est la vitri de cette effervescence créatrice. Tout n'y sont pas installés. Yahya est dans le quartier du Guéliz. Mais on y trouve les merveilleuses créations de Marc Vanden Bossche, d'origine belge, qui s'inspire de l'artisanat marocain pour réinterpréter, inventer des lignes inédites, modernes, originales. Autre Belge, Charlotte Barkowski qui s'est imposée dès 1999 comme la référence de la poterie vernissée haut de gamme. Ses poteries, qui mêlent formes contemporaines et techniques traditionnelles, se déclinent dans toutes les couleurs et les formes. Dans l'univers de la paraffine, on découvrira les produits de Géraldine et Rodolphe Guilmoto,. exceptionnellement inventifs dans la création de bougies et de photophores. Il y a aussi les splendides réalisations de Saïda Kadiri qui donne vie à des modèles exclusifs, bougies aux multiples coloris, certains avec incrustation de dessin de rosace ajourée. Avant de quitter la zone industrielle, on s'arrêtera à Carré Déco qui mise sur des meubles aux lignes épurées dans des bois nobles et massifs tels le chêne, le hêtre, l'acajou. Jean-Baptiste Le Baux est un des rares à ne pas puiser son inspiration dans l'artisanat marocain. Seulement, parfois, il tente quelques incrustations d'os et propose un bois légèrement sculpté. « Je retombe toujours sur des formes linéaires, droites et pures », avoue-t-il. Mais ses meubles répondent à une demande importante d'acheteurs marocains. « C'est une demande impressionnante. Les choses changent très vite au Maroc! ». On ne peut citer tous les designer, créateurs d'objets... Farah Chaoui et son showroom « Farhana Design », sur la route de l'Ourika, dans le luminaire et autres objets, Kamal, le créateur de la belle chaussure en cuir avec son magazin « Atika Chaussures », Laurence Corsin, créatrice de la Ferme Zanzibar, avec sa boutique African Lodge dans le Guéliz... L'effervescence créatrice à Marrakech étonne et séduit. « Pour des créatifs ici, c'est extraordinaire. La marginalité européenne s'accorde avec le Maroc », constatait Bernard. Combien de temps encore durera l'envoûtement ?

Inspiré des grands designer et décorateurs des années quarante, l'ancien photographe Bernard Henri, fasciné par la dinanderie, s'y consacre et, aidé de maâlems crée de véritables objets d'art que l'on peut contempler dans son showroom « Peau d'Ane ». Luminaires en maillechort, cuivre, laiton, acier, ciselés et ajourés, poufs en cuivre martelé ou maillechort, fauteuils en parchemin, consoles en fer doré à la feuille, meubles en galuchat, miroirs en verre biseauté, maille chort cloisonné... Bernard repense l'objet oriental, le détourne dans la matière. C'est une formulation contemporaine et libre de arts traditionnels marocains. Bernard es depuis cinq ans à Marrakech pour y travailler il possède une maison à Essaouira Marrakech est le lieu où le « sur mesure » est encore possible. « Nous avons aussi des arti- sans sublimes en Europe, mais ils sont en faillite. Ça revient trop cher ». Mais Marrakech est aussi la ville internationale du Maroc « c'est un lieu fort qui draine beaucoup de monde ». Bernard ne cesse de concevoir et de créer. Il se dit plus artisan qu'artiste et précise « C'est un destin. On a plus faim de beauté que d'argent. L'esthétique est plus une éthique et la démarche éthique dépasse les objets qu'on fabrique ». Cet amour de l'objet et du travail bien fait, peaufiné jusqu'à la perfection, on le retrouve chez Thierry Matalon. Lauréat de la célèbre école de design Camondo, Thierry, installé avec son épouse depuis 1997 au Maroc utilise les matériaux traditionnels marocains et conjugue merveilleusement son imagination et une certaine tradition, fantaisie et simplicité. Il développe également une gamme de mobilier de luxe dont les pièces sont estampillées du fameux TM. Bien qu'on en reconnaisse immédiatement l'identité, on retrouve dans de nombreux établissements hôteliers de prestige, au Maroc et dans le monde, ainsi que dans certains palais, ses meubles et ses objets somptueux. Il réalise la décoration d'intérieur d'appartements et de villas. On ne saurait quitter Marrakech sans découvrir les créations de Yahya, d'une « inspiration Divine », comme précisera Bernard. 170 artisans choisis parmi les meilleurs travaillent dans un atelier de 3 500 mètres carrés. Dessin, gravage, ciselage, mise en forme, soudure, patine... une applique en maillechort, ciselée aussi fin qu'une dentelle, demande 6 personnes à la tâche et 25 jours de travail. Chaque objet suscite l'admiration et l'étonnement dface à un tel raffinement. La perfection serait-elle de ce monde ? Maîtrise parfaite des techniques et soin extrême des finitions, les oeuvres de Yahya provoquent en nous une émotion rare et profonde. Qui y a-til dans ces objets qui dépassent l'objet? L:amour de ceux qui les pensent et de ceux qui les font? L'inspiration divine comme le disait Bernard ? Chaque objet de Yahya semble être une louange à Dieu. On admire chacun de ces designer qui ont su amener les maîtres artisans au plus haut degré de leur savoir-faire et de leur art. C'est sans conteste une des rencontres heureuses de deux cultures et deux imaginaires.