Ce fut le travail auquel se livra un grand poète juif du XVIe siècle: David Hassine de Meknès qui composa des poèmes en les adaptant à des airs connus de la musique andalous. De Tanger jusqu'à Agadir et dans toutes les villes intérieures ces poèmes sont prisés dans les temples à l'occasion des fêtes religieuses, des mariages, des circoncisions et autres cérémonies.
Les juifs n'ont pas moins continué à servir la musique andalouse et ceci de deux façons; tout d'abord en la jouant telle qu'elle est, et en la chantant sur des paroles qui lui sont propres, soit en arabe classique soit en dialecte andalous. Ensuite, en l'adaptant aux cantiques en langue hébraïque (les Pyoutims), réalisant à l'intérieur de la synagogue l'équivalent de ce que les musulmans font dans leurs zaouïas et connu sous le nom de sâmâ ou psalmodie de poèmes en l'honneur du prophète sur des thèmes empruntés à la musique andalouse.
De même que la Sâmâ, les Pyoutims se chantent sans aucun instrument d'accompagnement, conformément à l'interdiction musulmane. Par contre, en Algérie par exemple, les Pyoutims empruntés à la psalmodie hébraïque ou au folklore étranger acceptent le soutien de l'orgue ou du piano.
Cette fidélité du Juif marocain à l'égard du chant andalou est encore plus frappante dans l'adaptation du texte hébraïque venu en remplacement du texte arabe primitif.
Il y a eu aussi d'excellents musiciens juifs au Maroc qui étaient des maîtres dans cette musique. Parmi eux, il faut citer Elmaleh de Mogador, Salomon Ouanounou de Marrakech, Joseph Banon de Casablanca, Salomon Abenaïm (Souiri) et bien sûr Salomon Amzallag (El Maghribi) qui, en plus de ses propres compositions, maîtrise la musique andalouse.
Parmi ceux à qui l'on doit l'introduction de la musique andalouse à la synagogue au Maroc, figure en premier lieu le Chekh David lfrah chef de chant à la synagogue de Mogador. Viennent ensuite Nissim Nakal de Fès, et, bien entendu, le plus connu de tous et aussi celui qui a eu le plus de disciples, le Rabbin David Bouzaglou. Quand il officiait les Bakaschot ou n'importe quelle prière, c'était un plaisir de l'entendre. Bien sûr, telle qu'elle est actuellement codifiée et surtout protégée la musique andalouse fera encore et pour très longtemps le régal de ses fans. Un ami musicologue disait : "... Il faut des années pour apprendre quelques morceaux de la musique andalouse, mais, on ne l'oublie plus jamais .... "
La musique andalouse s'est maintenue au Maroc à travers les siècles grâce à des musiciens de grand talent dont on ne peut taire les noms car nous leur devons la pérennité de cette musique, parmi eux:
MM. Mohammed El Brihi, Doyen des Musiciens Andalous;
El Hadj Omar Jaïdi, Directeur de musique de chambre de Sa Majesté;
Mohamed El Mtiri, virtuose du violon;
Ahmed Zniber, Directeur de musique de l'orphelinat;
Chérif et ldrissi, Musicologue;
Ahmed Zouiten, La plus belle voix du Maroc;
A. Chekara, un des maîtres actuels de la musique andalouse.
