L'Oriental est une invitation au voyage, une invitation à rêver. Sites exceptionnels, plages et montagnes, forêts et plaines, oueds et déserts, riche de ses potentialités, on essaie aujourd'hui de faire valoir ses richesses. Oujda, sa capitale, ville frontière, ville de l'entre-deux et ville de passage millénaire, a su s'ouvrir à l'Autre sans jamais tourner le dos au Royaume. Volonté des hommes et beauté de la nature appellent à l'intégration de la région dans le développement économique du Maroc et à la restitution de son éclat.
Oujda, plus de dix heures de train, à partir de Rabat, onze de Casablanca, les sièges du pouvoir politique, économique et administratif. Pour les inconditionnels de la vitesse, une heure de vol de Casablanca. Quand nous avons entouré d'un grand trait, sur la carte du Maroc, la région de l'Oriental, nous avions décidé, d'un commun accord, de prendre le moyen de transport le plus long. L'Oriental, du mot Orient, oriens, en latin, de orior, se lever, fait naître la vision d'un monde éloigné. Nous voulions éprouver la distance vers cet Orient du Royaume. Cette durée à vivre devait être le prélude à la découverte. La terre et les villes défilent, Mekhnès, Fès, Taza... Le voyage vers l'inconnu. L'inconnu est toujours loin, Mais le lointain est une manière de penser. Nous savions qu'une fois arrivés, Oujda, excentrée dans notre carte géographique mentale, sera définitivement une ville proche et accessible.
C'est en 994 que Ziri Ben Atiya, chef des Maghraoua, groupe de Zénètes nomades, choisit le site de sa capitale, Oujda, au milieu de la vaste plaine des Angads, à proximité de la source de Sidi Yahya. Oujda, au croisement de la frontière maroco-algérienne et de la voie transversale de Fès à Tunis, est une ville où l'affleurs, inscrit dans les mémoires, est toujours présent dans les conversations: l'Algérie, l'Espagne, la France. Oujda, plus qu'aucune autre ville, a souffert de sa position géographique. Carrefour des deux grandes voies commerciales, la voie nord-sud, de la mer à Sijilmassa, et ouest-est, de Fès à Tlemcen, ne fut réduite parfois qu'à une voie de passage et un couloir d'invasion. Plusieurs fois détruite, tant par les Almoravides que par les Mérinides, Oujda, la ville « au destin tourmenté » s'est chaque fois relevée de ses ruines.

Nous avons décidé de marcher de l'hôtel, à côté de la gare, jusqu'à l'imposante wilaya. À proximité, se dresse une belle église. D'emblée, nous sommes plongés dans ce qui fut l'histoire d'Oujda, la forte présence européenne. Cette population dite européenne était constituée de Français, dont une partie importante venait d'Oranie, d'Espagnols, d'Italiens, de Juifs français, d'origine algérienne. Dès 1837, la mission française s'installa à Oujda en vue, dans un premier temps, d'une pénétration commerciale dans la région. Pénétration qui prit de nombreuses formes: commerces, enseignement, infirmeries, assainissement, hôtels. Mais cela ne suffira pas. La population, rebelle à l'installation des Français, manifesta de différentes manières son opposition. La pénétration militaire sera la seconde étape et fera de la ville la première du Royaume à subir l'occupation. En 1920, les découvertes minières de la région firent d'Oujda la capitale régionale du Maroc oriental. Elle fut, dans ces périodes prospères, le lieu d'approvisionnement de la région. La population, qui était déjà formée de Berbères et d'Arabes, de Fassis, d'Algériens immigrés et de Français, vit arriver des Suisses, des Allemands, des Portugais... À Oujda, les mouvements migratoires des populations, environnantes et plus lointaines, dus souvent au déclin ou au rayonnement de la ville bouleversaient les équilibres qui se mettaient en place mais sans jamais mettre trop à mal la coexistence entre musulmans, juifs et population européenne.