« L'éclairage électrique fut introduit grâce à la création, en 1930, d'une petite centrale électrique. Des fontaines en mosaïques, des rues couvertes, à l'image de celles de Fès, par un treillis de roseaux soutenant des vignes grimpantes, des trottoirs aménagés, des ruelles goudronnées devaient faire de la vieille Médina sans caractère, l'une des mieux entretenues, sinon des plus pittoresques du Maroc », écrit Yvette Katan, née Ben Samoun, à Oujda, Docteur ès lettres, dans son ouvrage « Oujda, une ville frontière du Maroc ». Plus et mieux qu'aucune autre ville, Oujda sut intégrer le mélange de ses populations. Il existait une réelle interpénétration des communautés. Ce sont les niveaux des classes sociales qui déterminaient le choix du lieu de vie et non l'appartenance à une confession. Un Fassi aisé côtoyait un juif ou un musulman de la même classe dans la ville européenne. Dans ce qu'on appelle l'ancienne médina, musulmans et juifs vivaient côte à côte. Il n'y avait pas de Mellah juif à Oujda. Ce qui ne veut pas dire que les juifs n'eurent pas à vivre un statut particulier. Ils subissaient un peu les mêmes contraintes qu'ailleurs mais ne vivaient pas dans un espace clos et délimité. Leur présence, toutefois, ne cessa de décliner à partir de 1918. Aujourd'hui, nous dit-on, il ne reste que trois juifs marocains à Oujda.

Au hasard de notre déambulation, nous entrons dans une medersa. « Les Français avaient trouvé une situation de fait: un enseignement traditionnel était donné dans les écoles coraniques et les medersas (...). Oujda n'était pas et n'avait jamais été un centre intellectuel florissant. Sa medersa, destinée à l'enseignement supérieur, était en mauvais état au début de l'occupation française », dixit Yvette Katan. Aujourd'hui, elle est en bon état.
À quelques pas de la medersa, une école construite au temps du protectorat. Les classes, emplies d'écoliers, donnent sur une cour. La première école a été ouverte dans la Médina, en 1903. Le premier lycée, le « Lycée Omar Ibn Abdel Aziz », en 1915. Créer des écoles et des collèges fut un des objectifs de la France pour pouvoir retenir la jeunesse au Maroc qui montrait un vif intérêt pour les études en vue de l'obtention de diplômes. Cela permettait de contrôler l'enseignement et d'éviter d'en faire « un instrument de bouleversement social ». La France vit avec surprise l'afflux de demandes d'inscriptions.
Nicole Niel, Oujdie de naissance, est revenue avec son époux, Yves, ancien coopérant à Oujda, après trente ans d'absence. Émus et heureux de retrouver la ville où il se sont connus et où est né leur premier enfant avant le douloureux retour en France. « Non seulement Oujda nous semble aujourd'hui une ville devenue démesurément grande, mais nous sommes aussi agréablement surpris de voir toute cette jeunesse qui étudie ».
Nous sommes sur la terrasse de la maison de Haj Si Naceur, restaurée pour accueillir une bibliothèque et le Musée du Patrimoine de l'Oriental. Nous apercevons le minaret de la mosquée mérinide Jamaâ EL Kébir, érigée par Abou Yacoub qui, après avoir rasé les fortifications d'Oujda, fit construire une kasbah, un bain maure et une mosquée. Oujda souffrit jusqu'au XVIe siècle de guerres continuelles. Le père d'Abou Yacoub, le Mérinide Abou Youssef Yacoub, avait déjà rasé une partie de la ville en 1272.