Juifs du Maroc et l'artisanat juif

Quand l'artisanat d'antan retrouve ses lettres de noblesse... Après Paris, l'année dernière dans le cadre de l'Année du Maroc en France, New York consacre à partir du mois de septembre une importante exposition aux Juifs du Maroc, leur vie, leurs traditions... L'inauguration aura lieu en présence des plus hautes autorités mondiales.

Selon une légende, le judaïsme marocain remonte aux temps anciens de la conquête babylonienne de Jérusalem et à la destruction du Temple au VIe siècle avant l'ère chrétienne... Quoiqu'il en soit, la communauté juive, au Maroc, a vécu sur cette terre de façon ininterrompue durant de nombreux siècles et a pu développer une culture propre. Les Juifs ont joué un grand rôle dans l'histoire de ce pays, tant dans le monde rural que dans les villes, où ils participaient activement aux échanges économiques.

Aujourd'hui, la plupart des Juifs originaires du Maroc ont émigré, en Israël, en France, au Canada, aux Etats-Unis principalement, mais la culture reste préservée, et nombreux sont ceux qui reviennent, au moins quelques temps, à la recherche de leurs racines. Et l'on peut assister à des scènes émouvantes comme à Essaouira où pêcheurs musulmans et Juifs natifs de la ville se retrouvent et échangent des souvenirs... La réfection, la rénovation de synagogues, de tombeaux de saints est aussi en cours et donne l'occasion de pèlerinages sur le sol des ancêtres.
Pays de tolérance, le Maroc ne peut que se réjouir du retour de ceux qui ont toujours été considérés comme les enfants du pays. Enfants devenus adultes qui n'oublieront jamais que Sa Majesté Mohammed V a empêché la déportation de ses sujets juifs, aux heures les plus noires de l'Europe du XXe siècle.

Quand l'artisanat devient de l'art...

Pour des raisons religieuses, certains métiers étaient réservés aux seuls Juifs, comme l'orfèvrerie. Les Musulmans n'étaient pas autorisés à exercer cette profession car ils ne pouvaient vendre l'or travaillé plus cher que son poids, ce qui était assimilé à de l'usure et la spéculation était elle aussi interdite. Il en était de même pour l'utilisation de fils d'or, ce qui permit aux tisserands juifs de développer leurs activités... C'est ainsi que les mellahs, quartiers où vivaient les Juifs, regroupèrent les boutiques, souvent modestes, des bijoutiers et des brodeurs. Ce qui autrefois était simplement utilitaire, objets de culte, vêtements, bijoux..., et faisait la part belle de l'artisanat est devenu de l'art. Art, notion abstraite et imprécise. Durant des siècles, on ne fit pas la distinction.
Mais après le temps de l'industrialisation, l'artisanat a retrouvé ses lettres de noblesse. Les Juifs du Maroc ont ainsi contribué très largement à l'expansion du patrimoine artistique marocain.

Toute l'orfèvrerie - bijoutiers

Jusqu'au milieu du XXe siècle, les bijoutiers juifs furent pratiquement les seuls, au Maroc, à fabriquer des bijoux qu'ils vendaient tant à leurs coreligionnaires qu'aux femmes musulmanes. En dialecte berbère, un juif est dit « assekkak », c'est à dire « orfèvre ». C'est ainsi, et beaucoup l'ignorent, que la plupart des bijoux marocains anciens ont été confectionnés par des artisans juifs. Après leur exil, des orfèvres musulmans leur succéderont dans la plupart des cas, mais dans certaines zones rurales, dans le Nord du Moyen-Atlas par exemple, leur départ coïncida avec l'extinction de ce travail, comme dans l'Oriental ou le Rif. Dans le Sud et le Souss, des bijoutiers berbères ont pris la relève. Les collections de bijoux juifs sont actuellement en possession de particuliers ou exposées dans les musées du monde entier. Dans tout le bassin méditerranéen et au MoyenOrient, les orfèvres juifs avaient un monopole presque exclusif. Certaines influences africaines ont pu également être décelées. Au sud-est de l'Atlas, des disques d'or perforés ont été retrouvés, qui présentent une analogie avec les techniques du Bénin, certainement apportées au gré des caravanes qui venaient du Soudan. Les échanges étaient nombreux d'un pays à l'autre, et la mobilité, voulue ou forcée, des communautés, permettait d'enrichir un savoirfaire certain.

Publicité sur le Maroc par Google