Tarik Lakhmiri, architecte

« Rabat était une petite ville à l'origine, avec ses quartiers comme Hassan, les Orangers, l'Agdal et l'Océan qui gravitaient autour du centre-ville avec ses immeubles. Quand j'étais petit, Rabat s'arrêtait à Avicenne. La ville a grandi. Il y a eu l'extension de Hay Ryad et la tentative d'en faire un centre. Pour le moment, ce n'est pas très réussi. Il n'y a pas de marché central, pas de commerces de proximité correctement planifiés. On en trouve seulement un peu à côté de la Mosquée. Sur le plan culturel, c'est le vide total. Il n'y a pas de jardin, pas de terrains de sport non plus. Hay Ryad est une ville-dortoir. Il y a deux zones d'expansion de la ville, du résidentiel vers la route des Zaërs et à Hay Ryad. D'un projet étatique, on était en droit d'attendre autre chose. Si on marche des Orangers à Hassan, on voit très bien la structure urbaine. À Hay Ryad, on se perd. Il n'y a pas de repère urbain puissant. Il y a des bureaux et du résidentiel. Rabat était assez mixte, les activités étaient mélangées. On avait souvent dans les quartiers du logement, du résidentiel et des commerces. Ça cohabite. Quand on voit l'avenue A1 Nakhil, il n'y a que des bureaux. Le centreville s'est paupérisé. On a voulu créer un nouveau centre. Mais il faut une prise de conscience collective qui puisse mettre la ville sur les rails, favoriser un retour des flux financiers vers le centre-ville. Il faut une action politique forte. Il faut entraîner les investisseurs vers le boulevard Mohammed V L'Agdal a complètement été abandonné au privé. C'est une réponse du privé. C'est une zone villas qui est passée à une zone d'immeubles sans que la trame urbaine change. On ne peut y aménager des espaces verts. La vie du quartier est partie. La population des Orangers avait quitté le quartier. Des entreprises s'étaient installées. On assiste à un retour vers les quartiers, celui des Orangers comme celui de Hassan. Les prix sont en train d'augmenter. Il faut être prudent pour les niveaux des habitations (R plus 1, R plus 2) dans ces quartiers. Des cafés ouvrent dans le quartier des Orangers. Est-ce que cela va ramener la vie de quartier? Pour le moment, cela crée des problèmes de circulation. Rabat s'étend. Mais il n'y a plus trop de terrains disponibles. Il y a une saturation côtière. Des quartiers se développent de façon anarchique. Le salut viendrait du centre-ville. Il y a là un potentiel énorme. Des joyaux d'architecture sont menacés. Dans Rabat, il y a des niches, comme les Oudayas et la Médina, qui devraient apporter un renouveau à la ville. On va assister à un retour vers la partie Nord, sur les Oudayas, avec le réaménagement du centre-ville ».

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