« Je suis né dans le quartier de la Tour Hassan. La maison de ma naissance existe toujours. Les belles maisons du quartier Hassan du temps du Protectorat sont restées. Le quartier a subi moins de modifications que celui de l'Agdal.
La ville a beaucoup évolué. J'ai vécu la transition de Rabat. Quand j'ai commencé ma scolarité, en maternelle, dans la rue de Sefrou, c'était une ville beaucoup plus cosmopolite, avec une forte communauté juive. Nous n'étions pas très loin du quartier juif avec sa « rue du Capitaine Petit Jean », devenue « rue Abdelmoumen ». Une des choses dont je voudrais parler, ce sont les modifications des noms de rues. Beaucoup d'entre elles ont changé à juste titre. Par exemple, la Place Duclos est devenue « la Place de l'Unité Africaine ». Les noms des villes sont restés, comme la Rue d'Alger, etc. Mais certains changements de noms paraissent moins justifiés. Depuis l'élection d'un nouveau Conseil municipal, l'avenue de Marrakech est devenue « Mohamed El Fassi », l'avenue de Fès « Haj Abdessalam Benjelloun » l'avenue de Meknès « boulevard Ahmed El Yazidi »... Avec tout le respect que j'ai pour les signataires du Manifeste de l'Indépendance, j'estime qu'avec le développement urbain, on pourrait laisser des noms historiques tels qu'ils sont et baptiser les nouveaux quartiers avec ces noms-là. Il n'y avait pas là de justification politique, nationale ou humanitaire. La ville connaît des changements normaux, les rues s'élargissent, les ronds-points se structurent, des maisons disparaissent pour laisser place à des immeubles. Mais il y a comme des traumatismes. Quand on détruit des cinémas comme le Vox et, plus triste encore, comme l'Agdal, c'est grave. Ce qui est dommage, c'est de voir les familles quitter leurs quartiers. Nous avons quitté le quartier Hassan pour celui de la Résidence, d'autres sont allés vers le Souissi. Les juifs sont partis.
Ma vie était partagée entre mes études et les copains, donc entre Descartes et le quartier. J'avais une moto. Je me suis beaucoup baladé dans Rabat. Et j'allais au lycée en moto. Mon environnement actuel dépend en grande partie de ce que j'ai fait quand j'avais quatorze ans. Je suis actuellement vice-président du Club de sports mécaniques. À Descartes, je me sentais bien, j'aimais l'ambiance. Le Lycée Descartes de Rabat, avant son emménagement dans les locaux de l'Agdal, en 1963, s'appelait Lycée Gouraud, du nom d'un général français adjoint du général Lyautey. Ce lycée, ouvert officiellement en 1919, existe toujours et s'appelle maintenant « Lycée Hassan II » et suit le programme de l'éducation nationale marocain. Fonder l'association des Anciens de Descartes, c'était permettre à ses membres de ne pas perdre le contact entre eux et maintenir des liens avec l'établissement où ils ont passé les plus importantes années de leur vie, celle du passage de l'enfance à l'âge adulte. J'ai créé un site web en 1996 (www. lyceefr.org) pour les anciens des lycées français du Maroc. Il y a actuellement 8 000 inscrits, dont 4 000 anciens de Descartes ».
