Le site exceptionnel sur lequel a été édifiée la médina de Rabat

entre l'Océan Atlantique et le fleuve Bouregreg, il y a plus de huit siècles, en a fait l'une des médinas les plus séduisantes du Royaume. Pourtant, la vieille ville de Ribat al-Fath n'a pas encore été classée patrimoine national. Et l'engouement qu'elle suscite pourrait ne pas la préserver d'une évolution anarchique. État des lieux d'une médina en devenir.

Par sa position stratégique par rapport à l'Océan Atlantique et au fleuve Bouregreg, la médina de Rabat devait immanquablement être partie intégrante du Projet de Réaménagement de la Vallée du Bouregreg. En effet, il y a plus de huit siècles de cela, ce site absolument exceptionnel de l'embouchure a été choisi par le roi almohade, Yaâcoub Al Mansour, pour l'édification d'une grande ville, Ribat al-Fath, qu'il dota d'une enceinte et de portes majestueuses. Si la ville est restée longtemps inachevée, elle connaîtra une véritable renaissance lorsque les derniers moriscos, expulsés d'Andalousie, y auront droit de cité. C'était en 1609. Kissaryas, hammams, mosquées et quartiers commerçants voient le jour. Une autre enceinte - dite muraille andalouse - est érigée. Aujourd'hui, c'est celle-ci qui délimite, du côté est, la frontière de la médina par rapport à la ville nouvelle. C'est qu'au cours de son évolution sous le Protectorat et l'Indépendance, la médina de Rabat n'a jamais connu d'éclatement. « En effet, le grand atout de la médina de Rabat est qu'elle est restée entièrement intra-muros. Son tissu urbain, constitué de places publiques, d'artères principales et de quartiers commerçants, n'a pas changé », confirme Mohammed Es-Semmar, chef du service de la préservation des monuments historiques et de la médina à la mairie de Rabat. Encore inexistante il y a deux ans, cette fonction dénote d'une prise de conscience, chez les autorités, des enjeux de la préservation de la médina. Une enquête, commanditée par la mairie à sa création, avait permis de dégager l'existence de trois types de constructions à l'intérieur de la médina. Des maisons qui nécessitent de gros budgets de réhabilitation, des maisons qui peuvent être entretenues avec de petits moyens et enfin des constructions tout à fait anarchiques qu'il faudrait démolir. Mais rien, depuis, n'a été entrepris dans ce sens, faute de budgets. « Juridiquement, pour que la médina soit vraiment sauvegardée, entretenue et protégée, il faudrait que les ingénieurs et architectes municipaux, qui délivrent les autorisations de construction, d'entretien et de démolition, puissent s'appuyer sur un arsenal de lois, déclare Mohammed Es-Semmar. Il faut savoir que la médina de Rabat n'est même pas classée patrimoine national comme les médinas de Marrakech, de Fès, d'Asilah et d'Essaouira ! ». En attendant, ce sont d'autres mesures et des opérations ponctuelles, concernant le revêtement du sol et l'éclairage public, qui ont contribué à faire de la médina un espace propre et sécurisé qui, depuis quelques années, commence à séduire.

La médina, en 2005

À l'instar d'autres médinas du Royaume, la médina de Rabat attire aussi les étrangers. Ils sont plus d'une vingtaine de différentes nationalités - Italiens, Allemands, mais surtout Français - à avoir fait le choix de s'y installer et d'y vivre. Ils sont, pour la plupart, propriétaires des maisons qu'ils occupent, alors que certains en sont simplement locataires. Dans une médina plus petite que celle de Marrakech ou de Fès, il faut croire que ce chiffre est important. D'autant plus que les nationaux ne sont pas en reste. Des Marocains aussi achètent et restaurent d'anciennes maisons traditionnelles. Parmi eux, des familles r'baties qui se sont très tôt installées au-delà des murailles et qui ont cédé leur maison, souvent à des prix dérisoires. Seules les familles de conditions très modestes restaient dans la médina, non sans dépit. Certaines familles, en revanche, avaient eu l'intelligence de ne pas vendre leur maison en allant s'installer extra-muros. Ainsi, Dar Mouline, Bargach, Zebdi et quelques autres n'ont pas connu le destin affligeant de ces maisons qu'on a morcelées sans scrupules. On s'en félicite aujourd'hui. C'est qu'en 2005, il ne fait pas simplement bon vivre dans la médina de Rabat, les maisons y ont surtout pris beaucoup de valeur. Une simple balade dans la partie supérieure de la médina, par un des accès du boulevard El Alou, suffit pour s'en rendre compte. Une porte entrouverte est souvent l'indice d'une maison en chantier. En effet, dans ce quartier regroupant Derb Jirari, Derb Moulay Abdallah et Seqayet Belmekki - des rues notoires, essentiellement habitées par des notables autrefois -, on trouvait les plus belles maisons de la médina. Ici, les noms de rues - des patronymes de familles de Rabat, essentiellement - étaient devenus les seuls vestiges de cette époque. Aujourd'hui, par sa proximité avec le boulevard El Alou et des infrastructures modernes, mais aussi avec l'océan, le fleuve, la casbah des Oudayas et la rue des Consuls, ce quartier est très prisé à nouveau. Son retrait par rapport aux artères commerçantes en a fait un des quartiers les plus propres et les plus agréables de la médina. L'histoire se répète. Le quartier retrouve son lustre. Ici, les prix sont particulièrement élevés, car les maisons bien conservées ne sont pas toujours en vente. Cet intérêt naissant pour les maisons traditionnelles de la médina de Rabat n'est pas sans nous rappeler les débuts de l'engouement suscité par les riads de Marrakech, il y a une dizaine d'années de cela. Notre espoir est que la médina de Rabat connaisse une évolution qui se fasse toujours dans le respect de son patrimoine.

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