Dar Mrini, belle demeure à Rabat

Il ne serait peut-être pas erroné d'avancer que c'est la restauration de Dar Mrini, dans le quartier de Seqayet Belmekki, qui a sans doute donné le ton à cette volonté de réhabilitation qui traverse aujourd'hui la médina, du moins dans sa partie supérieure. Les anciens habitants de la médina connaissent tous Dar Mrini, pour l'avoir visitée ou en avoir simplement entendu parler. En effet, cette propriété de la famille Mrini se distingue des autres intérieurs de la médina, d'abord par sa taille, mais surtout par la richesse de son décor essentiellement fait de zelliges polychromes, de verre coloré de bois et de stuc sculptés. Autre particularité de Dar Mrini, les motifs floraux d'inspiration persane qui en ornent les plafonds ainsi que les frises et les moukarnas qui en font un exemple unique dans la médina en matière de synchronisation de la décoration araboandalouse et de la décoration orientale. En ceci, la maison Mrini servit de modèle pour la construction du somptueux Palais Tazi. Pour avoir été construite en 1920, Dar Mrini reproduit les techniques architecturales introduites dans la médina de Rabat lors des dix premières années du Protectorat. Le visiteur pourra d'ailleurs le constater: Dar Mrini est construite sans ces arcades qui soutiennent habituellement, dans les maisons traditionnelles, les balcons périphériques de l'étage. Résultat, elle est plus spacieuse et reçoit plus de lumière. Le plus intéressant est de savoir que depuis 1994 cette demeure est une maison-musée qui retrace le mode de vie des familles de Rabat. La famille Mrini a eu l'ingénieuse idée de la vendre à la commune de Rabat-Hassan qui s'est engagée à la restaurer et à en faire un espace exclusivement dévolu à la culture.

L'autre maison de la médina de Rabat qu'il faudrait absolument découvrir est Dar Batoul. Située dans l'historique Derb Jirari, cette ancienne demeure du XIXe siècle appartenait à une famille r'batie, les Ghennam. Ses nouveaux acquéreurs, Nabila et Lamia Khribech, deux lauréates de l'Ecole hôtelière de Lausanne, en ont fait une maison d'hôtes, la première de toute la médina de Rabat. Le plus louable, c'est qu'elles ont pris le pari de la restaurer et non de la rénover. Les seules transformations consenties serviront à doter les chambres de salles de bain ou de douches. Autrement, Dar Batoul reflète fidèlement les caractéristiques des intérieurs traditionnels. Autour du patio et à l'ombre des arcades s'organisent quatre salons marocains que Lamia et Nabila ont choisi de meubler sobrement pour laisser tout leur éclat aux mosaïques et aux zelliges.

À quelques pas de là, une autre maison traditionnelle force l'admiration du visiteur. C'est dans la rue de Sidi M'hamed Daoui, que la Maison des Consuls a vu le jour, en janvier 2005. C'est ici, dans une maison du début du siècle dernier, que Bety Gayet, antiquaire et décoratrice française, a choisi d'habiter et d'ouvrir un showroom pour exposer ses créations, des lampes et des abat-jour d'une grande originalité. Les pieds de lampes sont souvent des antiquités ou des objets de patrimoine détournés de leur fonction. Un balustre en pierre de Salé, la colonne d'un lit à baldaquin ou encore une frise. Des créations qui ont pour toile de fond le cadre agréable et authentique d'une maison qui a été scrupuleusement restaurée.

Le seul écart que Bety s'est autorisée a été de peindre les portes intérieures en blanc. La maison, qui est de proportions modestes, en a gagné en luminosité. Un autre exemple à suivre... En attendant qu'un projet d'envergure vienne prendre en charge l'évolution de la médina.

Une projection dans le futur

Il faudra attendre plusieurs années pour que le Projet de Réaménagement de la Vallée du Bourgreg restitue à la médina l'environnement qu'elle mérite d'avoir. Un des changements majeurs de cet environnement concernera bien évidemment l'entrée des Oudayas, qui retrouvera sa vocation première d'espace communautaire propice aux rassemblements et à la promenade. Connue en effet au début du siècle dernier sous le nom de Souk El Ghzel, cette place publique et commerçante était un lieu de distraction pour les habitants de la médina qui pouvaient y assister, par exemple, à la vente d'esclaves. Mais la place devait essentiellement son nom à l'activité de tissage qui y était pratiquée et c'est bien pour cette raison, d'ailleurs, que le projet prévoit d'ériger, au centre de la place, une grande sculpture qui symbolise le travail de la laine. Mais le réaménagement majeur consistera à y construire un tunnel et à supprimer la grande voie de circulation pour en faire un espace piéton qui descendra, par paliers, vers la rive du Bouregreg. Le projet prévoit aussi d'aménager un parc archéologique avec des plantations pour protéger les fouilles attenantes à la porte de Bab El Kbir. Concernant le boulevard El Alou, il faudrait souligner que l'architecture des façades présente un état de conservation qui n'est pas le même pour toutes les façades de la médina. Pour les rares constructions anarchiques de l'avenue, le projet prévoit un modèle de réinsertion dans l'ordonnancement existant. Le projet prévoit également d'aménager des zones piétonnes et de transformer la chaussée en voie de service et en bandes cyclables. L'aménagement d'un parking souterrain est prévu pour pouvoir supprimer les parkings qui envahissent les contre-allées aujourd'hui. Un jardin andalou sera créé sur les abords du cimetière El Alou. Les bâtiments militaires qui jouxtent le cimetière seront restaurés et pourront être exploités. La possibilité de les transformer en hôtels de luxe dans le style néo-colonial est envisagé. À proximité, c'est le château neuf Moulay Rachid qui devrait attirer l'attention des restaurateurs pour être réhabilité aussi et converti en lieu de mémoire. Mais c'est le front fluvial de la médina qui nécessitera le gros des travaux de réhabilitation, principalement le mellah, en raison de son état de délabrement actuel. L'esplanade du fleuve sera rendue à la fréquentation piétonnière. Et la plage de Rabat sera réhabilitée tout le long du quai du fleuve jusqu'à l'océan. Enfin, c'est un théâtre de verdure qui imposera la frontière de la médina du côté du fleuve. Nous en rêvons dès à présent.

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