Rachida Prenant, fondatrice du Centre Reiki

« Je me souviens de la traversée en barque, à 20 ou 50 centimes, de Rabat à Salé. Nous nous penchions avec ma soeur pour effleurer l'eau dès que ma mère avait le regard tourné. Chaque traversée était accompagnée de vols de mouettes à la recherche de miettes de pain. De rares baigneurs tentaient de s'accrocher vainement à l'arrière de la barque, houspillés par notre « passeur ». La plage de Rabat-Salé, où j'ai appris à faire des dribles au football sur les conseils éclairés de feu mon père (fervent footballeur) et d'égaler mes frères dans les échanges et les passes de ballon. Mon souvenir le plus fort reste incontestablement l'animation et la vie de mon quartier, la Tour Hassan, et plus particulièrement la rue qui était une impasse et où vivaient six familles, dont la mienne. Il n'y avait pratiquement de secret pour personne. Nous connaissions la composition de chaque famille. Les membres de ces différentes familles se devaient, à leur passage, de rendre visite aux « giranes » (les voisins) de leurs familles. N'y a-t-il pas un proverbe arabe qui dit « Jar kabla dar » (le voisin avant la maison: avant l'acquisition de ta maison, renseigne-toi sur tes futurs voisins). La maison ne désemplissait pas, beaucoup de fêtes, de « salamaleks », d'échanges. À tel point que chacun connaissait le menu de son voisin. Les odeurs alléchantes des repas (parfois le brûlé aussi...) parvenaient jusqu'à nos maisons.

L'école St-Gabriel, que j'ai fréquentée à l'âge de quatre ans jusqu'à dix ans, était tenue par les bonnes soeurs. Petite structure à taille humaine, familiale. Nous étions onze élèves par classe. L'école était rythmée par l'enseignement civique chaque matin, suivi des cours et des temps de récréation. La fête de fin d'année se préparait avec lecture de poèmes, pièces de théâtre, chants et danses folkloriques et remise de prix bien mérités.

Plus tard, j'aimais marcher sur l'esplanade de la Tour Hassan qui m'offrait un espace immense pour marcher ou courir par rapport à ma rue. Régulièrement, j'aimais me rendre à la mosquée pour la prière du vendredi et les nuits du Ramadan. Les moucharabiehs nous séparaient de la vue des hommes qui conduisaient la prière. Aujourd'hui, mon quartier semble nostalgique de son bon vieux temps. Certains parents ne sont plus, les enfants sont partis pour l'étranger, d'autres personnes ont acheté les quelques nouveaux appartements qui ont pris la place des villas. Moi, je rêve de retourner retaper la maison de mes parents et redonner la même vivacité à mon quartier. Et, peut-être, réunir tous ceux qui le composaient. À suivre! ».

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