Maison dans la médina de Rabat

Dans la médina de Rabat, au cœur de la pure tradition de la maison avec cour intérieure ouverte sur le ciel, les architectes et designers Myriam Soussan et Laurent Moulin ont créé un espace blanc aux lignes épurées pour mettre en valeur art traditionnel et art contemporain, mobilier ethnique et design. Pas de surcharge décorative ni de luxe ostentatoire. Un goût affirmé pour la simplicité et la créativité.

Pour qui aime observer les portes de la médina, une déambulation attentive dans les ruelles aux nombreuses arcades l'arrêterait à Tigmmi, la maison de Myriam Soussan et Laurent Moulin. Elle offre à ce jour une des rares portes à avoir retrouvé son aspect d'origine, la beauté du bois et des gros clous. Des journées de décapage ont été nécessaires pour ôter les couches de peinture qui la recouvraient avec son encadrement très travaillé et son heurtoir. Si on lève les yeux au-dessus de la porte, une date figure: 1318, du calendrier de l'Hégire. Il a fallu aussi chercher au-delà des couches successives de chaux le secret de la date de naissance de la demeure que nos deux architectes allaient en partie restaurer et patiemment aménager.

Tigmmi (maison, en berbère), c'est l'histoire d'une maison métamorphosée en une maison d'hôtes et maison de vie. Myriam Soussan et Laurent Moulin ne pensaient pas poser leurs valises dans une maison de la médina. Après des études d'architecture et une expérience de travail à Paris, Myriam et Laurent décident de venir un temps au Maroc, le pays d'origine de Myriam Soussan, ancienne élève de la mission française à Rabat, le lycée Descartes. Ils louent un appartement dans le quartier de l'Agdal et se mettent immédiatement à travailler, My riam successivement dans les cabinets de peu Abdellah puis (le Lamiri quant à Laurent il restera quatre ans dans le cabinet El Aoufir. Ils finiront par se mettre à leur propre compte. En attendant, ils cherchent une maison où s'installer. Ils chercheront à acheter dans le quartier de l'Agdal, puis, lors d'un séjour d'un an à la plage de Céville, les pieds dans l'eau, ils rêveront à une maison en bord de mer jusqu'au jour où on leur proposera de visiter une malson dans la médina. Ils en visitent deux. L'une d'elles est le coup de cœur. Malgré les outrages du temps, la négligence et le désintérêt de ses occupants, la maison laisse deviner toute sa beauté et toutes les possibilités de transformation. Nos deux architectes visualisent aussitôt ce qu'ils pourront en faire. Ils vont modifier cer-tains espaces de vie, créer de nouveaux volumes, laisser la lumière pénétrer dans certaines pièces. Il va falloir casser des murs pour créer des ouvertures sur la cour, pour proposer des espaces supplémentaires à vivre. L'en-trée en chicane, qui s'expliquait auparavant par le désir d'évitement d'une ouverture directe sur la rue et par l'utilisation de l'entrée comme espace d'attente ou d'entrepôt des marchandises, a été modifiée pour faire de l'entrée un lieu de circulation des personnes et de la lumière. Des tapis en fibres et laine recouvrent le sol. Tous les murs ont été repeints en blanc. Des arcades décoratives longent le couloir d'entrée. Seuls quelques frontons ont été décapés. Pour les deux architectes, seul le blanc est en mesure de faire vivre les espaces. Le couloir conduit à une jolie pièce, avec des matelas à même le sol, recouvert d'un tissu couleur turquoise. C'est le boudoir ouvert sur la cour. Une table basse, un vase rayé turquoise et gris et un lustre fait avec des éléments de récupération, ici, des isolants électriques, de forme arrondie, sont les principaux objets de décor. Une grande chambre avec un plafond en bois bien conservé et le carrelage d'origine au sol, malgré l'usure des coloris, abrite la chambre d'hôte principale. Un fauteuil design créé par Laurent Moulin et Myriam Soussan donne la touche de créativité à l'ensemble. À côté, une autre pièce pour les hôtes avec toujours peu d'objets. Une autre forme de fauteuil affirme ce goût pour la simplicité et l'originalité d'un élément mis en valeur par l'épure du décor. À l'étage, le grand salon ouvert sur une loggia inondée de soleil le jour. Peint en blanc, le salon est décoré d'éléments de récupération (dont certains présentés à l'Exposition de Maroc Design 2006, comme ce lampadaire fabriqué avec des boîtes (le Dan'Up et qui serpente contre le mur). Une petite bibliothèque est à la disposition des hôtes. Gratter la chaux, poncer, décaper, nettoyer. Laurent travaille également le bois. Il a remplacé les battants cassés d'une porte en les fabriquant à nouveau pour conserver la porte d'origine sur pivot (la plus récente étant faite avec des charnières). La cuisine a été aussi l'objet de nombreux efforts avec l'ouverture d'une fenêtre et la réouverture, dans son prolongement, de l'ancienne citerne transformée en cave. II a fallu casser le sol pour trouver l'entrée qui avait été complètement recouverte et cachait une pièce voûtée de quinze mètres carrés. Et toujours quelques objets, çà et là, qui animent l'espace. Dans la cour, une porte a été récupérée et reconvertie en table avec bancs. Des plantes, et un oranger qui donne ses deux premiers fruits, égayent l'ensemble. Un vrai moment de détente!

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