Concilier avec sobriété et harmonie différentes tendances architecturales, tel était le pari - réussi - des propriétaires de cette jolie villa de la capitale qui saura vous surprendre et, parfois même, vous émouvoir.
Mesure et élégance sont les maîtres mots de cette villa du quartier du Souissi, à Rabat. Vue de l'extérieur, un petit dôme en tuiles vertes et des lignes pures. À l'intérieur, sous le tadelakt couleur ivoire cohabitent harmonieusement plusieurs choix architecturaux. Dès le seuil, on ne peut être indifférent au charme des deux balcons qui donnent sur le hall d'entrée. Cela nous fait d'abord penser au patio d'une maison arabo-andalouse. La maîtresse des lieux nous le confirme, mais elle parle surtout de style volontairement composite. « C'est véritablement un parti pris, explique-t-elle, nous souhaitions donner corps à plusieurs influences de manière tout à fait équitable ». En effet, les fenêtres intérieures ont la particularité d'être encadrées d'un chapiteau et de deux colonnes. Une coupole aux dimensions modestes surplombe l'ensemble. Une architecture décalée qui nous fait rêver. En montant l'escalier - un mélange de bois et de fer forgé couleur cuivre -, nous devinons petit à petit derrière les vitres et les balustrades de chaque balcon le détail des chambres. L'ambiance se fait tout d'un coup romantique. Le décor est digne d'une scène d'amour sortie d'un roman de chevalerie. L'autre originalité de cette partie privative de la maison est d'inspiration clairement moderne. II s'agit de cette baie vitrée qui traverse les deux niveaux de la villa et dont la partie supérieure filtre délicatement les rayons de soleil à travers des tentures presque transparentes.
Le ton est donné. Mais la cohésion de l'ensemble reste impressionnante. Si en bas les parterres en marbre reprennent la couleur du tadelakt, les boiseries entièrement en cèdre confèrent beaucoup de chaleur à l'espace. Fenêtres et baies vitrées ont su faire la part belle à une lumière toujours généreuse. La réception a été conçue justement pour être un espace ouvert, lumineux et qui offre une jolie vue sur la piscine et le jardin. Ici, chaque élément du décor a été choisi avec le plus grand soin. D'un coin à l'autre, nous admirons l'élégance des salons européens et le raffinement des tapis orientaux. Ce qui retient aussi notre attention, ce sont surtout ces objets décoratifs qui trahissent à chaque fois une inspiration différente. Une pièce de porcelaine achetée au Japon, des petits coussins, oeuvre d'artisans indiens, un vase en céramique de Safi ou encore ce meuble ancien, chiné chez un antiquaire avec, au-dessus, un napperon en brocard reçu en héritage. Un objet, une histoire et un style. L'harmonie de l'ensemble est, là encore, admirable. Le salon marocain avec son plafond en bois sculpté, ses grandes fenêtres en arcades et ses frises délicatement ciselées, subjugue le visiteur. L'originalité a été d'intégrer sans aucune séparation cet espace traditionnel dans une réception d'inspiration franchement occidentale. À moins de considérer que le prélude au salon marocain, c'est cet espace étroit, encadré de colonnes et bordé de part et d'autre d'une vitrine originale, dont le fond n'est pas en bois comme on pourrait l'imaginer, mais en verre pour faire miroiter le paysage extérieur.
« On ne pouvait évidemment pas réussir cela avec un salon surdimensionné ou des frises moins sobres, explique la maîtresse de maison. Et la décoration a évidemment suivi ». Résultat: pour habiller les banquettes, on a banni les tissus d'inspiration orientale pour une étoffe de couleur claire avec des dessins plus simples. Pareil pour les tapis : des tons pastel et nulle surcharge dans les motifs.
Pour les rideaux, on a privilégié un style qui a pour particularité de dévoiler la partie supérieure des fenêtres, là où la frise épouse la forme du bois. Pour la petite histoire, ce sont les tentures du Fairmont Copley Plazza, un palace de Boston, EtatsUnis, qui ont inspiré la maîtresse de maison. « Il me semblait important de ne pas couvrir la partie supérieure des fenêtres, déclaret-elle, mais je ne savais pas trop comment. Lorsque, lors d'un voyage à Boston, j'ai vu ce modèle de rideaux dans un hôtel, j'ai tenu à les reproduire aussitôt que je suis rentrée ». Dans cette partie de la maison, c'est par le choix des matières et des couleurs, par la disposition des rideaux et par l'originalité de l'architecture qu'on a pu obtenir ce formidable chatoiement de lumière. Il est clair que le moindre détail a été pensé et que rien n'a été laissé au hasard. Mais n'est-il pas vrai qu'une villa réussie est avant tout une idée aboutie?
