Sahara du Maroc :
Dunes de sable, dromadaires, cérémonie du thé, hommes bleus et, tout récemment, manifestations séparatistes... Au-delà des clichés véhiculés ça et là dans les colonnes des journaux et dans les documentaires télévisés, que savons-nous réellement du Sahara ? Rien, ou presque... Plongée dans un univers si proche et Si I o i n t a i n à I a fois.
Diffïcile de résister aux clichés et autres préjugés lorsque l'on s'apprête à fouler pour la première fois le sol de cette lointaine contrée qu'est le Sahara. Pays de sable et de rocaille, terre des dromadaires et des hommes bleus, royaume de l'immensité vierge immaculée... Tels des cartes postales, les images allégoriques qui défilent sur la route des provinces méridionales du Maroc ne font qu'accentuer cette fâcheuse tendance au simplisme et à l'exotisme qui s'empare de tout touriste non averti. Mais au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans cette profondeur désertique et historique du Maroc, les fantasmes s'évaporent pour céder le pas à une vision plus réaliste des choses. Parmi ces invitations à la lucidité, Lâayoune est une cité qui semble surgir de nulle part, tel un mirage.
Le cordon ombilical du Sahara
Située à cinq cents kilomètres au sud d'Agadir et à mille kilomètres au sud de Rabat, Lâayoune dispose aujourd'hui d'une infrastructure digne des plus grandes villes marocaines. Sur le tarmac de l'aéroport Hassan 1er, les avions de la Royal Air Maroc (RAM) et ceux de la Régional Airlines se succèdent au rythme de deux vols par jour. Mais c'est à la voie terrestre et surtout à la mythique route nationale n° 1 (RN1) que cette ville chef-lieu de la région doit réellement son ancrage au reste du pays. Véritable cordon ombilical du Sahara marocain, la RN1 est une étroite mais longue bande d'asphalte impeccablement entretenue qui s'étire sur plusieurs centaines de kilomètres. Cette route que les chauffeurs routiers ont baptisée Transsaharienne, témoigne à elle seule des efforts surhumains et des énormes sacrifices consentis par le Maroc, trente années durant, afin de hisser les provinces marocaines du Sud à leur niveau actuel de développement. D'Agadir au Nord, en passant par Guelmime, Tan-Tan, Akhfennir (près de Tarfaya), Lâayoune, jusqu'à Boujdour, Dakhla et Lagouira à la pointe sud, la RN1 traverse en effet le Sahara de bout en bout, avant de se perdre dans les confins de la Mauritanie voisine. Chaque jour, elle est sillonnée par des milliers de véhicules, principalement des camions qui transportent des marchandises très diverses de part et d'autre du pays.
À Lâayoune, cette route traverse un paysage sans cesse changeant. Ancienne ville garnison de l'armée d'occupation espagnole, l'ex-Villa Cisneros a en effet beaucoup évolué. Cernée par le désert et fréquemment balayée par les vents de sable, cette agglomération de deux cent-dix mille habitants n'est certes pas encore une métropole. Elle n'en demeure pas moins une ville prometteuse à l'allure de plus en plus urbaine qui n'a, en tout état de cause, plus rien à voir avec l'oasis sablonneuse et dépeuplée reconquise par l'armée marocaine au lendemain de la marche verte, en novembre 1975. Autour de la mythique place El Mechouar dessinée et érigée au début des années quatre-vingt par le défunt architecte français Michel Pinseau, les projets immobiliers fleurissent à vue d'œil. A1 Ouahda, Al Amal I et 2, A1 Oumrane et d'autres sont en effet autant de lotissements qui témoignent de cette effervescence immobilière qui s'est emparée de la région de Lâayoune-Boujdour-Sakia El Hamra, durant les dernières années. Par ricochet, ces projets attestent de l'incontestable renouveau économique que vit l'ensemble de la région sud.
