Ksar Sania, chez Françoise

Arriver à Merzouga, , c'est avoir la sensation de parvenir au bout d'un voyage et d'en commencer un autre. Et entre ces deux moments, une halte de quelques jours, au pied des dunes lumineuses, au « Ksar Sania, Chez Françoise ». Force et courage ont caractérisé Françoise pour réaliser son projet et relever tous les défis, ceux des hommes et ceux de la nature. Aujourd'hui on entend toutes les langues dans son ksar.

Quand on dit à Rabat ou à Casablanca ou ailleurs qu'on va à Merzouga, on s'entend conseiller: «Allez chez Françoise! ». Voyager dans l'espace des ksours et des quasbahs, c'est laisser venir une pensée qui s'impose avec évidence, les habitants se protégeaient de l'extérieur et aimaient s'abriter du regard de l'étranger. Élévations des murs et petites ouvertures des fenêtres et des portes. Et l'étranger, ce nest pas uniquement celui qui vient d'au‑delà des murs, c'est celui de la ville prochaine et parfois celui d'une autre tribu habitant un autre village. Aujourd'hui, la société vit une mutation à la fois rapide et lente, rapide dans l'introduction des technologies et la diffusion des images d'autres modes de vie, lente par le changement profond des mentalités régionales et tribales. Il y a dans ces contrées, vécues comme en marge des grandes villes, des attitudes ambivalentes: se réclamer d'une tradition d'hospitalité et ne pas vouloir trop ouvrir sa porte, considérer le tourisme comme un levier de développement et rejeter l'étranger. C'est dans ce contexte ambivalent que Françoise et Gérard construisent, contre vents et marées, le « Ksar Sania », au pied des Dunes de Merzouga.

Tout a commencé en 1974. Le premier enthousiasme pour le site désertique. Deux copains et deux copines font un voyage au Maroc et passent par Merzouga. Les quatre voyageurs montent et descendent les dunes. La nuit tombée, ils doivent repartir. Ils ressentent une grande frustration. À cette époque, on ne pouvait passer la nuit à Merzouga. Retour en France. Pendant quelques années, Françoise reviendra passer ses vacances au Maroc, faire le plein de soleil et d'énergie avec ses enfants. Puis un jour, elle vend son cabinet dentaire, prend avec son mari, Gérard, une année sabbatique, met enfants et bagages dans un camping‑car et direction le Mali. Ils s'arrêteront à Tarassout, à quelques km dAgadir. Iront à nouveau à Merzouga où une équipe italienne tourne « L'Atlantide ».
Son fils devient la mascotte de l'équipe et il gardera de ses années d'enfance une passion pour l'histoire, l'archéologie et le cinéma.

C'est en 1995 que «Ksar Sania » voit véritablement lejour. « Sania » veut dire le jardin irrigué ou le potager du quartier. C'est aussi le mécanisme de la montée d'eau (la noria). L'architecture et la décoration sont entièrement conçues par Françoise. En architecture de terre, elle arrive à construire un lieu qui ne travestit pas les constructions de la région. Elle s'inspire des éléments formels environnants en les adaptant aux besoins et aux exigences de l'hôtellerie. Elle parvient à donner une identité « qsourienne » à son auberge. Elle fait construire un ensemble séparé de petites maisons avec quelques chambres et aménage un espace pour des khaïmas. L'agencement des chambres préserve à la fois une certaine intimité tout en ménageant des espaces ouverts à la convivialité. C'est une femme pleine de tempérament qui vous accueille, une femme qui a lutté dur pour réaliser son rêve.

Elle et son mari ont connu toutes sortes de résistances, toutes sortes de tracasseries dans l'espoir qu'ils renonceront. Mais la lutte rend plus fort et plus obstiné. Et Françoise s'obstine. Doit‑on renoncer à ses rêves? Elle perd son mari qui s'épuise dans ce combat. Elle continue seule avec ses enfants et quelques rares, trop rares, personnes qui la soutiennent dans un environnement hostile. Il en a fallu de la volonté pour planter son décor dans une région où, il y a dix ans, l'on ne trouvait pas même des yaourts dans l'épicerie du village. Aujourd'hui, raconte en souriant Françoise, l'épicerie a bien triplé de volume. On ne cesse de construire des gîtes, des qsars...

À table, autour de la piscine ou dans le salon entouré de sa belle collection de tableaux, Françoise prend le temps de se souvenir, de montrer les photos des dernières pluies diluviennes qui avaient frappé la région il y a onze ans créant de véritables lacs où l'un de ses fils faisait du kayak. Une tempête de sable nous retient dans la pièce. Plus tard, nous irons dévaler les dunes, faire un tour en 4xA ou écouter de la musique gnaoua... Au retour, à Rabat ou à Casablanca ou ailleurs, quand vous direz que vous étiez à Merzouga, on vous répondra: «J'y étais aussi, j'étais chez Françoise, tu la connais? ».

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