Merzouga, vent et dunes

Seuls des panneaux désignant campings, gîtes, ksars qu'on ne voit pas de la route et qui invitent à prendre la piste vers les dunes, sont le signe d'existences humaines. Ici, la vie, on la devine, on l'imagine, on l'espère. Les voyageurs qui vont vers le désert sont souvent traversés par des sentiments contradictoires, une envie de 'solitude et la sécurité de la présence. Les tribus sédentarisées aux portes du désert sont aussi traversées par des sentiments contraires, le désir de voir le développement du tourisme et le rejet de l'étranger. Le touriste n'en continue pas moins son voyage. Le désert des dunes surgit au loin. La route, elle, coupe des étendues pierreuses. Des vents en tourbillon soulèvent des particules de sable. Le ciel se voile peu à peu. Le vent qui soufflait par à-coups devient plus constant. Nous faisons une halte à l'auberge « Chez Julia » avant de rejoindre le « Ksar Sania. Chez Françoise » où nous passerons la nuit. En quelques instants, le village de Merzouga se trouve plongé dans une tempête de sable. C'est un vent de sable, plus épais qu'un brouillard, un vent de cataclysme. Pour qui n'a jamais vécu une tempête de sable, c'est une expérience édifiante. On y mesure la puissance des éléments et l'intensité de la lutte que les habitants doivent mener contre l'ensablement. On comprend aussi la précarité des choses, la rareté de l'abondance, la difficulté de vivre. D'où une certaine simplicité, une certaine rigueur. C'est un combat de tous les jours. Ce n'est pas la tempête qui effraie l'habitant comme elle pourrait effrayer un touriste, mais son pouvoir de destruction à long terme. La région souffre d'un ensablement qui participe avec d'autres mécanismes, l'abaissement des nappes phréatiques, la salinisation, des forages abusifs, à la dégradation des palmeraies pouvant entrainer leur disparition.

Les vents sont les véhicules efficaces de transport du matériel sableux, de la nature gréseuse des roches... Le vent soulève, entraine les particules mobilisables et quand il arrive à saturation et rencontre des obstacles, il dépose sa charge. « Les directions respectives des vents transporteurs de sable - Saheli et Chergui - et les trois oueds Draa, Ziz et Rhéris, qui leur sont obliques, voire perpendiculaires, accroissent l'effet d'obstacles ». Mais certains vents violents soufflent dans toutes les directions et à n'importe quel moment de l'année. Des barrières de plaques de fibrociment, avec des rehaussements nécessaires, sont fabriquées pour lutter contre l'ensablement. Des palissades sont parfois doublées de haies végétales. La tempête est retombée. À Ksar Sania, on commence déjà à déblayer. Le soleil perce des nuages sombres.

Les dunes, dont certaines, de l'Erg Chebbi, atteignent 250 mètres, rougeoient. Les lignes mouvantes et sinueuses, crête, épine dorsale, reptile, semblent s'apaiser. On se précipite, au crépuscule ou à l'aube, pour mettre les traces de nos pas sur un sable, toujours lissé, dans celles effacées de ceux qui nous ont précédés et retraçant un chemin bientôt invisible pour ceux qui nous suivront.

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