Il y a l'éclat vert lointain et la merveilleuse descente vers la palmeraie comme un cour de quelque chose d'essentiel. La route bétonnée serpente jusqu'au village de Zouala où nous attendent Hami et Moha dans le gîte qu'ils ont créé. Zouala est un village berbère. Quatre-vingts familles y vivent, soit un peu plus de 450 habitants. Il faut y passer au moins deux nuits, un temps minimum pour vivre le silence de la palmeraie la nuit, les bruits de la campagne le jour, avec l'éveil musical des oiseaux. Pour y faire de longues marches en suivant la séguia, traversant d'autres villages, longeant le Ziz, profitant du microclimat que créent les palmiers dattiers par leur ombrage. La vallée du Ziz contient une densité intense de palmiers dattiers qui représentent l'économie de base des habitants. Une grande variété existe: Majhoul, El Faggouss, Bousserdoune, Elkhalt, Bouslikhane, Boumechar, Boussekri... Couleurs, goûts et formes diffèrent. La plupart des variétés produisent des dattes périssables qui doivent être consommées quelques jours après la récolte ou conditionnées. Le stockage ne concerne que quelques variétés. Les autres sont commercialisées au souk pendant la récolte ou sur pied, au moment de la maturation. Beaucoup d'agriculteurs sont dépourvus de moyens de conditionnement. Ils doivent vendre 75 % de leur récolte, dépendant ainsi d'intermédiaires à qui ils la cèdent à bas prix sous la pression de la nécessité. Bien que l'Etat ait facilité la création d'un organisme spécialisé dans le conditionnement des dattes, la SOTCODAT, et malgré la création de coopératives pour la collecte des dattes, l'assainissement du circuit n'a pas encore abouti. « La SOTCODAT traite 2000 tonnes de dattes alors que la production est estimée à 20000 tonnes». Mais ce sont d'autres dangers qui menacent l'agriculteur des palmeraies: le bayoud et l'homme. Ce dernier est un danger autrement plus redoutable. Mettre en danger les palmeraies, c'est mettre en danger la vie des populations de ces régions. C'est mener une région vers un désastre humain et écologique. Certains habitants de Zouala, conscients du danger, s'alarment. Parmi eux, M. Amar Aoujil, parlementaire et président de la commune d'Aoufous. « Des forages et des puits en amont de la source Melki menacent toute une palmeraie. Des autorisations ont été accordées à un groupe de personnes pour réaliser des forages. Ce qui veut dire que dix personnes cherchent à vivre aux dépens de trente mille autres. Une commission, constituée de membres du gouvernement, de l'Office de la Mise en Valeur Agricole et de La Direction Générale Hydraulique - qui était contre, mais qui ne pouvait aller contre les autres - a accordé ces autorisations ». Ce n'est pas un village en danger, c'est une région, ce sont des milliers d'habitants. Depuis 1998, Amar Aoujil écrit aux instances concernées. Sans résultat. 11 rappelle des chiffres:
«En 1998, la source Meski avait un débit de 650 litres par seconde, aujourd'hui, elle n'a plus que 137 litres par seconde. Ce sont les chiffres officiels. Ces autorisations vont à l'encontre de la politique du gouvernement qui est de développer le monde rural ». La Palmeraie est cernée par deux types de forages: au nord, une poignée de personnes exploite l'eau, la détournant de la vallée, au sud l'exploitation des forages a fait remonter une eau salée et saumâtre. Il y a urgence à trouver des solutions. La Palmeraie du Ziz, et avec elle toutes les autres, est un patrimoine national et universel. « Pour tenter de stopper ce cauchemar, on doit avoir une réunion avec le ministère des Eaux et de l'Environnement, une réunion au niveau de la commune avec les élus locaux et les assemblées ethniques pour les informer de ce qui est fait et les sensibiliser aux problèmes ». Pour le moment, les dossiers d'investissement sont stoppés. Pourtant, le mal a déjà été fait ailleurs et n'a pas servi d'exemple ni d'alarme. L'oasis de Tinjdad était luxuriante. Plus petite, mais riche. Aujourd'hui, la vallée est ruinée, détruite. Il n'y a plus d'eau, l'eau nécessaire à l'agriculture, l'eau pour se désaltérer, l'eau pour vivre, l'eau de vie.
