Tanger l'internationale

Tanger est cette même ville qui, par sa position, son climat, ses jardins avait les charmes de l'illusion » écrivait André Chénier pour désigner cette ville aux mille et un mystères. La vieille dame a traversé les siècles, a flirté avec l'histoire.

Aujourd'hui, s'offre à nous un amphithéâtre de maisons enduites de chaux blanche, aux reflets bleus pâles, étreint par des remparts d'un autre temps. Juchée sur sa colline, elle se fait témoin d'une union parfois mouvementée. Celle de la Méditerranée et de l'Atlantique.
Par ce détroit, ce sont des peuples entiers qui sont passés et quelques fois sont restés. Tolérante et modérée, elle est à l'image du Chergui, le vent d'Est purificateur qui parfois la décoiffe. Cette ouverture sur l'extérieur lui vaut, aujourd'hui, une richesse inégalable : le mélange des cultures dans ce qu'il a de meilleur. Clochers et minarets dominent la cité sans chercher à rivaliser. Les langues se mélangent, des voix s'élèvent, espagnoles, françaises, arabes, anglaises.

Tanger la cosmopolite, Tanger ville souveraine, Tanger la blanche mais aussi Tanger internationale. 1923 : le statut du 18 décembre, adopté par l'Espagne, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Portugal, institue un régime international d'administration de Tanger et de ses environs. L'autorité du Sultan est en partie conservée, sur ses sujets surtout, mais l'administration se fait internationale. L'administrateur est Français, son adjoint Espagnol. Les deux nations se partagent les services publics. Un officier Belge dirige le corps de police-gendarmerie. Une assemblée internationale est élue par la population tangéroise dans son ensemble, tous états confondus.

La consécration international

En 1905, Tanger voit consacrer, à juste titre, son importance internationale politique et économique. Guillaume II débarque dans le port de la ville le 31 mars pour faire part de sa prise de position dans une compétition économique internationale : « J'espère que sous la souveraineté du Sultan, le Maroc sera ouvert à la concurrence pacifique de toutes les nations, sans monopole ni exclusivité ». Il préconise à ce moment une rencontre entre toutes les puissances pour discuter du statut et des réformes concernant le Maroc.
A ce moment, Tanger se retrouve sous les projecteurs et les flashs. Les plus grands journaux européens, tels que le « Temps », le « Matin », le « Globe » ou le « Times » détachent des envoyés spéciaux. L'opinion publique découvre la ville à travers les colonnes de ces supports.

Le vou de Guillaume II se réalise le 15 janvier 1906 quand s'ouvre la conférence d'Algésiras. L'acte final du 7 avril signé entre le Maroc et les treize puissances présentes donne au corps diplomatique un véritable droit d'ingérence dans les affaires du pays, dans le prélèvement des impôts fonciers, les travaux publics et 1a gestion des ports et des douanes. Il donne aussi aux puissances le droit d'ouvrir leurs propres écoles, leurs dispensaires et leurs bureaux de poste. Le corps diplomatique bénéficie du pouvoir de contrôler les droits d'aconage et de magasinage. Tanger n'est alors plus seulement « capitale diplomatique » du Maroc mais bien le centre d'une véritable souveraineté internationale.

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