A l'arrivée des consuls, fin XVIIIe la ville est avant tout une base militaire marocaine. Les 3 600 soldats représentent. l'essentiel de la population. Mais depuis deux siècles déjà, que ce soit aux huguenots français chassés par l'Eclit (le Nantes, aux émigrés de la révolution française, aux échappés des pontons anglais de Cadix ou aux libéraux espagnols, Tanger sert de retraite à ces réfugiés politiques.
La population est alors composée de 70% de musulmans, 20 % de juifs et 10% d'européens. Jusqu'en 1860, moins de 10.000 habitants sillonnent les ruelles étroites de la ville. Dans un premier temps, les représentants diplomatiques, accompagnés de leur famille, sont peu nombreux, quelques dizaines au maximum.
La ville reste confinée dans ses remparts. Tout autour, jardins décoratifs, potagers et vignes donnent un air paisible à la cité. Quelques consuls possèdent des « quintas », maisons de campagne parées de grands jardins. Celui du consul général de Suède, Shousboue, est le plus célèbre. Sa passion pour la botanique lui vaut un renom international. Le pavillon du Danemark, a Rockswilder », est rapidement transformé en maison à l'anglaise dans laquelle se réunit le Tout-Tanger politique.
Ces concessions de terrain, pour le plus souvent offertes, engendrent dans la population marocaine de vifs mécontentements. Il fallut alors donner des terres à des paysans marocains qui créèrent les deux premiers noyaux d'habitat en dehors de la médina, Jamaâ al Mogra et Drâdeb.
Les Européens dans leur ensemble, composés d'Espagnols, d'Italiens, de Français, d'Anglais, de Portugais, d'Américains et de Belges se côtoient dans une ambiance plutôt conviviale. Les mariages mixtes en sont la preuve. Ils représentent la moitié des unions. Sur 300 mariages européens au XIXe siècle, 170 mariés sont de nationalités différentes.
Le corps diplomatique compose l'élite de Tanger. Celle-ci se retrouve dans les multiples réceptions qui jalonnent une vie sociale particulièrement active. Tous les jours, elle se réunit pour jouer au tennis, au bridge, pour des dîners, pique-niques et rallyes clans la campagne avoisinante.
Les samedis, une guinguette donne aux européens l'occasion de danser valses, polkas et mazurkas. Les deux théâtres, le Roméo et le Crevantes, ouvrent plus tard leurs portes.
Le club le plus célèbre à cette époque est le Cricket Club dont les tournois contre la garnison de Gibraltar ou contre l'équipe des navires de passage sont des événements qui mobilisent une grande partie de la population européenne. Mais l'activité sans doute la plus courue par les hommes reste le « pigsticking », la chasse à la lance du sanglier dans les forêts avoisinantes. Victime de son succès, le sanglier a bien failli disparaître de la région.
Tanger revêt, alors un aspect cosmopolite qui attire un certain nombre d'étrangers ainsi que des Marocains qui obtinrent la protection des légations pour échapper à la justice, à la fiscalité et donc à l'autorité marocaine.
