La population juive ne met pas longtemps à comprendre les opportunités qui lui sont offertes dans cette ville en pleine expansion. Elle est aussi attirée par le côté laxiste des administrateurs marocains, par la protection européenne, et l'accroissement très net du commerce. Son effectif augmente régulièrement pour finir par représenter un tiers des habitants dans les années 1900.
Une des spécificités de la communauté juive à cette époque est de ne pas être regroupée dans un mellah mais d'être dispersée dans toute la cité, contrairement aux autres villes du Maroc. Elle constitue tout de même une unité vivante et homogène par sa soumission à ses propres autorités et par son attachement aux traditions.
Cependant, un certain nombre d'entre eux a tôt fait d'abandonner la calotte noire et le joha au profit du costume européen. Ils gravitent autour des consulats dans lesquels ils font fonction d'employés et d'interprètes. Ces juifs européanisés ont un réseau d'influence particulièrement puissant qui se partage judicieusement entre le système économique européen et le système marocain pour finir par constituer l'oligarchie financière de la ville. Le capitalisme qui émerge depuis peu va finir par lui conférer une puissance importante.
Tanger commence à changer de physionomie au fil des nouveaux arrivants. Des le milieu (lu XIXème elle ne petit plus contenir dans ses remparts une population en pleine croissance. La future ville européenne se développe alors vers le Sud. Le boulevard Pasteur et la place de France deviennent l'axe de la ville nouvelle. A cet endroit, fleurissaient des jardins d'orangers et des dunes des sable qui faisaient le bonheur des lièvres et des bécasses.
Quant à la vielle ville, l'empreinte des Européens y est toujours présente. Les fenêtres de nombreuses maisons donnent sur la rue, avant d'y pénétrer clés grilles métalliques dentelées encadrent les portes à colonnes, marquées des initiales des propriétaires.
Fin 1880, Kerdec de Chény s'élève contre l'extension de cette nouvelle architecture « aux horribles volets verts et aux lignes inélégantes d'architecture hybride, ayant pour seuls traits européens la rigidité et la banalité. Pour l'artiste, c'est décourageant. La vieille ville de Targer a été défigurée et est en voie de disparition. » Les vestiges de cette époque font aujourd'hui l'originalité de la ville.
