Tanger et les grottes d'Hercule, qui évoquent dans l'imaginaire universel aventure et mythologie, sont aussi l'adresse d'une fabuleuse réalité appelée Mirage. Une adresse gravée dans le coeur de quelques privilégiés qui y reviennent toujours avec un bonheur renouvelé.
Adossé aux Grottes où Hercule, cherchant de la fraîcheur, se serait endormi après avoir creusé le détroit, le Mirage est à 15 km, aussi bien de l'aéroport que de la côte espagnole paraissant parfois à portée de bras.
La route venant de Tanger, après le phare du Cap Spartel, vieux de 140 ans, et qui sillonne la montagne sur une dizaine de kilomètres, est d'une beauté rare dont on ne se lasse jamais.
La réalisation du Mirage est d'autant plus méritoire qu'elle est l'aboutissement des efforts acharnés de deux hommes, depuis des décennies: les frères Abdeslam et Ahmed Chakkour, respectivement âgés de 53 et 51 ans, d'origine très modeste.
C'est d'ailleurs en tant que garçon de café à Asilah qu'Ahmed a commencé sa vie active, à quatorze ans, pour finir diplômé de l'Ecole de tourisme de Londres. Entre-temps, il a financé, alors qu'il était RME aux Pays-Bas puis en Angleterre, les études en sciences économiques et de gestion commerciale de son frère, devenu inspecteur des finances de 1980 à 1996.
De retour au Maroc, au début des années quatrevingt, Ahmed ouvre un « pub anglais », en plein centre de Tanger, le premier du genre au pays, qui connut beaucoup de succès. Une décennie plus tard, au milieu des années quatrevingt-dix, commence l'aventure du Mirage.
Au départ, il a fallu transformer ce qui n'était, à l'origine, qu'un simple restaurant avec la particularité rarissime d'être au bord de l'océan, mais qui tournait presque entièrement le dos à la mer.
La majorité des 25 résidences de luxe taillées dans le rocher de la falaise, en bord de mer, donne sur une terrasse, avec vue sur d'immenses jardins et sur la mer, bien sûr, constituant une sorte de maison d'hôtes où la verdure et la plage, à perte de vue, remplacent les ruelles d'une médina! Même la salle de fitness, généralement installée dans les sous-sols des grands palaces comme un cachemisère, trône ici sur un rocher aux larges baies vitrées donnant sur l'infini de l'océan. Une vue imprenable, comme une invite à l'effort, même aux plus paresseux. Un soin suprême a présidé à l'agencement de chaque demeure aux couleurs et au style personnalisés. Le mobilier et la menuiserie reproduisant les meilleurs motifs de l'artisanat marocain sont en bois de cèdre massif dont l'odeur s'ajoute à l'enchantement des yeux. Tableaux, zelliges, choix heureux des tissus pour couvre-lits, rideaux et fauteuils, etc. Du luxe, certes, mais à la bride tenue serrée par un goût raffiné et serein.
Rigoureux et professionnel, le personnel, en raison de son ancienneté, connaît les habitudes et les goûts des hôtes qu'il revoit souvent. En effet, chefs d'Etat ou de gouvernement, ministres anciens ou en fonction, de différents pays, célébrités mondiales du cinéma et de la télévision, les plus grandes signatures de la presse, européenne surtout, romanciers, etc., aiment souvent occuper les mêmes suites, parfois aux mêmes saisons. De tout cela se dégage une atmosphère un tantinet amicale, voire un air de famille, que les deux frères, maîtres de céans, entretiennent, en donnant de leur personne avec beaucoup de modestie.
Le Mirage reprend ainsi, quelque peu, le flambeau de l'ancien mythe de Tanger où nombre de célébrités de passage sont restées pour toujours.
Le bouche-à-oreille canalisant les futurs habitués constitue assurément un parrainage comme dans un club plutôt snob, un « must ». Le célèbre magazine Vogue classe d'ailleurs l'établissement parmi les trois plus beaux hôtels du Maroc, sauf qu'il est le seul en bord de mer avec une plage privée d'une rare beauté, s'étirant sur plusieurs kilomètres. Le spectacle de jour et de nuit, en particulier les bateaux traversant sans cesse, et dans les deux sens, cette autoroute maritime qu'est le Détroit, est impressionnant. Il donne une idée de l'importance stratégique de la région, surtout à partir de l'immense terrasse du restaurant réputé pour sa table.
Certains hommes d'affaires de Casablanca, de passage à Tanger pour la journée, font d'ailleurs le détour pour y savourer les bonnes recettes de poisson, entre autres. Un seul conseil: tenir bon et ne pas succomber à la tentation de visiter le site mythique des Grottes d'Hercule.
Mieux vaut rester sur la version des dictionnaires et des livres d'histoire, voire du « pittoresque » d'une carte postale. Ce qui attend les téméraires est en effet un spectacle désolant de désordre, de commerces déphasés et insultants pour le lieu. Bref, le Mirage est en quelque sorte La Mamounia du Détroit.
La route qui y mène, à partir du Golf, avec les beaux jardins des différents palais, la magnifique forêt de pins parasol et la vue sur mer, évoque la scène d'un film où le héros, voulant se suicider avec panache, crie plus fort que la radio de sa voiture décapotable: « Adieu la Grèce, adieu la Méditerranée, adieu J.-S. Back ».
