Benslimane : Naissance de Camp Boulhaut

Considérés comme « le poumon vert » de la région métropolitaine, Benslimane et ses alentours caressent le rêve de devenir une destination touristique. Forêts, vignobles, golfs, chasse... Tous les atouts sont réunis pour mettre en branle une dynamique. Manquent seulement et cruellement les infrastructures d'accueil. Mais de nombreux projets existent, dont certains sont en cours de réalisation.

À une soixantaine de kilomètres de Rabat, à une quarantaine de Casablanca et à quelques encablures de l'océan Atlantique et des villes de Mohammedia et Bouznika, dans un environnement caractérisé par une topographie de bas plateaux légèrement inclinés vers la mer et parsemés de dayas, s'étend la ville de Benslimane, ex-camp Boulhaut, entouré de fermes, de vignobles et de forêts, refuges idéaux contre la pollution, le bruit et l'agitation des grandes villes.

Qu'est-ce qui lie la ville de Verdun en France à celle de Benslimane au Maroc? Un nom. Celui du lieutenant Pol Boulhaut, du 4e Tirailleurs Tunisiens, tué en 1908, à l'âge de 26 ans, au combat de « Ber-Rabbah », dans la Chaouïa. Né en 1882, après une scolarité sans faille qui le mène jusqu'au baccalauréat moderne et après une année de mathématiques spéciales, Pol Boulhaut opte pour l'Ecole Spéciale Militaire où il entre en 1902. Son père, qui a passé au 3e Zouaves en Algérie cinq années, lui a communiqué l'attrait du Nord de l'Afrique. Il le demande et l'obtient. En 1907, le bataillon de Pol est désigné pour faire campagne au Maroc. « Depuis quelques années régnait une grosse effervescence dans la Chaouïa, c'est-à-dire tout ce territoire autour de Casablanca qui comprend une douzaine de tribus et une population d'environ 300000 âmes », écrivait le chanoine Boulhaut dans le texte de sa conférence faite sur le lieutenant Boulhaut et intitulé: « Un pionnier de la Chaouïa ».

Marche sur Settat à travers un défilé difficile. La région est montagneuse. Les cavaliers s'approchent des troupes et tirent. Mais Pol arrive à Berrechid après un combat de neuf heures. Un mois après cette victoire, Pol Boulhaut est engagé dans une autre opération, celle de Ber-Rabbah. Le chanoine livre un passage du rapport officiel du général d'Amade : « Conformément aux ordres reçus, le lieutenantcolonel Taupin quittait Bouznika le 16 février à 6 heures du matin et atteignait, après six heures de marche, la région de Ber-Rabbah. À hauteur de ce point, l'Oued Neffifikh coule dans une vallée large d'environ deux kilomètres, à fond très plat, mais bordée des deux côtés de hauteurs à pentes raides de 100 à 150 mètres de commandement... ». Le lendemain, la colonne quitte le plateau, traverse l'oued et atteint l'autre plateau après une difficile et pénible ascension. « L'ennemi arrivait de tous les points de l'horizon, principalement du Sud. À proximité immédiate du carré se trouvaient des ravins difficiles à battre d'où les assaillants, ralliés hors de nos vues, pouvaient surgir en masse et à l'improviste ». C'est au cours de cette opération, qui était suivie anxieusement à Verdun, que Pol Boulhaut fut tué d'une balle à la tête. Vaillant officier, la France voulut l'honorer en donnant la dénomination de « rue Pol Boulhaut » à l'une des rues de la ville de Verdun et décida d'en garder le souvenir au Maroc en baptisant une localité de son nom. Reprenons le texte du chanoine Boulhaut.

« Aujourd'hui, une gracieuse localité, chef-lieu de contrôle civil, à 55 kilomètres à l'est de Casablanca, en pleine Chaouïa, porte son nom ». « Je suis le parrain qui a choisi le nom à attribuer à cette localité et à voir le magnifique essor qu'elle a pris... », écrivait le général d'Amade en 1928 (...). À Casablanca, une immense artère de la ville porte le nom archaïque de « route de Camp Boulhaut », tandis qu'une petite rue adjacente a été baptisée « rue du Lieutenant Boulhaut ». Ce rappel historique nous livre à la fois des renseignements sur l'origine du nom de « Camp Boulhouat » à la ville de Benslimane et des indications sur la région.

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