S'évader à Tafilalet

Le Tafilalet peut s'enorgueillir d'un patrimoine culturel fort avec des groupes humains socio-ethniques variés, une architecture de terre, des vestiges historiques. La splendide diversité de ses paysages, alternant montagnes, déserts pierreux, palmeraies luxuriantes, dunes de l'Erg Chebbi et son climat masquent la fragilité des milieux pré-sahariens. Un patrimoine à sauvegarder.

Quitter Rabat, la capitale, alors que l'aube pointe à peine et mettre le cap sur le Tafilalet, le Sud-est marocain, précisément à l'oasis Zouala, dans la Province d'Errachidia. En ce milieu de printemps, alors que le soleil fait sentir la promesse de rayons ardents, la route de bitume qui déroule son ruban jusqu'aux pieds des dunes de Merzouga traverse un territoire de plaines, de forêts, de montagnes, de cols avant de se jeter dans la région des hammadas et des oasis. Meknès, El Hajeb, Azrou et après le Tizi N'Talrhemt - le « col de la chamelle on atteint la ville de Mideit, bâtie au pied de Jbel Ayachi dont le sommet, couvert de neige pendant une grande partie de l'année, culmine à 3737 mètres d'altitude. L'hiver pluvieux a laissé un couvert végétal parsemé qui subsiste encore. La fonte des neiges, dévalant le Haut-Allas et serpentant le long des gorges, alimente ruisseaux et rivières. Les arbres se raréfient pour disparaître et n'apparaître à nouveau que dans les palmeraies, les oasis ou quelques villages. Le paysage devient relief, lignes qui s'accentuent, horizons qui s'ouvrent et se ferment, ciel qui s'intensifie, air qui s'assèche. C'est le règne de la pierre et du vent, sculpteur inlassable des formes, des sillons, des crêtes des montagnes. La présence de l'homme y prend une dimension plus puissante. À la fois écrasé et en lutte avec un environnement hostile, mais dont il sort aussi victorieux. Une victoire, chaque jour arrachée et chaque jour menacée, sur les éléments et un climat sans concession. Le centre d'Er Rich, situé au pied du Jebel Bou Hamid, est un premier couloir de verdure avant de s'enfoncer plus loin dans un nouveau défilé de montagnes. Quelques kilomètres avant, une petite route conduit à la zaouia de Sidi Hamza. La bibliothèque renferme des ouvrages anciens de grande valeur. On ne s'étonne jamais en ces lieux qui semblent reculés de tout, inhospitaliers, d'y trouver les traces et les mythes de saints aujourd'hui vénérés. Une des légendes raconte que le saint qui avait créé ce lieu de prière et d'étude avait le don miraculeux d'effectuer chaque vendredi un aller retour à La Mecque. Mais ce qui nous semble toujours être ou avoir la puissance d'un miracle en ces terres, c'est la présence de l'eau. Une source d'eau chaude, riche en sulfates et en magnésium, jaillit à la température de 50 °C. La petite station thermale de Moulay All chérif a été créée pour soulager les douleurs de l'arthrite et des rhumatismes. Un peu plus loin, le seul tunnel de la région, Foum Zabel, a été percé par les militaires français, en 1930. Il porte sur certaines cartes le nom de « Tunnel du Légionnaire ». La route serpente entre les montagnes. Une tache bleue turquoise apparaît au loin comme quelque chose de magique. Au fil des kilomètres, elle grandit. C'est le barrage Hassan-Al-Dakhil, inaugué en 1971. et qui domine le système hydraulique de l'Oued Ziz en amont d Errachidia. Sa construction porte le nom du premier Alaouite venu de Yanbo, en Arabie, s'installer dans cette vallée en 1 268 et dont la famille fût aussitôt entourée de la considération due aux membres de la descendance du Prophète. Errachidia n'est plus très loin. Avant l'entrée dans la ville, nous laissons sur le côté le village d'El Kheng. Errachidia, ville récente, créée en 1956 et appelée jadis Qsar es-souk, est située au croisement des grands axes caravaniers en direction du Dadès et du Taflialet. Elle prit en 1979 le nom du sultan alaouite Moulay Rachid, parti de la région en 1 666 pour renverser le sultan saâdien.

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