Catégories Interviews

Interview de Julien Taboury


Interview Julien Taboury

Aujourd’hui, pour débuter le mois de novembre, je vous propose l’interview de Julien Taboury, un jeune entrepreneur qui a racheté et développé la confiserie artisanale des Bonbons de Julien.

Philippe : Bonjour Julien, pouvez-vous présenter aux lecteurs de 7-Dragrons ?

Julien : Bonjour Philippe, je suis originaire de la vallée du Rhône, quelques kilomètres au-dessus de Valence. J’ai grandi dans une famille où la gastronomie et les bons produits ont toujours pris une grande place.

C’est tout naturellement qu’après un bac S, je me suis tourné vers le secteur de l’agro-alimentaire et pour cela je suis parti faire mes études dans le Sud-Ouest, terre de gastronomie et de joie de vivre. J’ai terminé mon cursus par un Master (bac+5) « Produits de Terroirs, Labels de Pays et Alimentation de Qualité ».

Au fil des stages et des différentes expériences dans des maisons de qualité (Institut Paul Bocuse, Valrhona…) j’ai eu l’envie de voler de mes propres ailes en étant mon propre patron. C’est pour cela qu’en 2007, j’ai franchi le cap en reprenant une petite confiserie artisanale à St Julien Molin Molette.

J’ai pour habitude de parler à la troisième personne lorsque je parle de l’entreprise, car mon épouse, associée dans la SARL, m’a suivi dans ma démarche. C’est une aventure commune qui dure depuis de nombreuses années maintenant et chaque décision importante est prise en commun.

Philippe : Qu’est-ce qui vous a décidé à entreprendre ?

Julien :  Je crois que l’entreprenariat était déjà inscrit dans mon ADN, il y a de nombreux chefs d’entreprises dans ma famille et notamment mon père.

J’ai grandi avec la vie d’une entreprise au quotidien et je savais qu’après avoir fini mes études je me mettrais « à mon compte » comme on le dit communément, pour vivre à fond mon métier en prenant mes propres décisions. J’avais des envies de liberté et d’autonomie… même si mon père m’a toujours dit de ne pas le faire et que j’ai toujours eu la fâcheuse tendance à ne pas l’écouter.

J’avais l’idée de créer une confiserie, c’est un métier fascinant avec beaucoup de façons différentes de travailler, des spécialités locales et je crois que c’est dans les bonbons que s’expriment le plus les envies des gourmands de produits sucrés.

Par contre c’est sur les recommandations de mes proches que la décision de la reprise d’un commerce existant a été prise. Me voyant bien décidé et pensant que je foncerais tête baissée, comme j’ai l’habitude de le faire, c’est ma mère qui m’a aidé à chercher une entreprise à racheter. En reprenant un fonds de commerce, nous avons ainsi bénéficié d’une notoriété et d’une clientèle existante.

Philippe : Pourquoi les bonbons ?

Julien : Et pourquoi pas… C’est un coup de cœur en deux temps !

J’ai d’abord eu un coup de cœur pour le métier de confiseur en voyant des confrères travailler le sucre et je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. C’était pour moi l’alliance idéale entre la pratique d’un métier manuel et la mise en œuvre de tout ce que j’avais pu apprendre pendant mes études.

Bonbons Julien

Le deuxième coup de cœur, c’est mon épouse qui l’a eu. Nous cherchions donc une confiserie à racheter et après en avoir visité plusieurs notre choix a été celui de l’émotion plus que celui de la raison ! Quand nous avons assisté à la fabrication des bonbons et que nous avons rencontré les anciens propriétaires, notre choix s’est immédiatement porté sur cette entreprise. De plus le secteur géographique me parlait, car ma famille maternelle est originaire de la région et j’avais beaucoup de souvenirs d’enfance dans cette belle région du Parc Naturel du Pilat.

Lors de la reprise, nous pensions rester seulement quelques années à la tête de cette entreprise, puis nous serions repartis dans le sud de la France où nous habitions à l’époque. Mais nous nous sommes pris au jeu du développement de cette affaire, car nous avons tout de suite décelé un potentiel important aussi bien sur les produits que sur l’histoire du lieu et le territoire qui l’entoure.

Une chose importante à signaler, « Les Bonbons de Julien » sont ce qu’ils sont aujourd’hui car il y a toujours eu un fil conducteur à notre travail, c’est la qualité. Il était important pour nous de faire du bon et beau travail. Faire des confiseries de qualité est toujours notre priorité, la satisfaction du client est notre leitmotiv, et ça depuis le commencement.

Philippe : Quels ont été les plus grandes difficultés que vous avez rencontrés lors de la reprise de cette activité ?

Julien : Il n’y a pas eu de grandes difficultés à la reprise d’entreprise, mon cursus d’étudiant, mon parcours professionnel et le fait d’appartenir à une famille d’entrepreneur m’avait largement préparé à cette situation. Je savais qu’il fallait être bien accompagné ! Avoir un comptable sérieux, un avocat bien expérimenté pour les formalités, un banquier qui ait confiance en nous et qui nous suive sur le projet de reprise.

J’avais également un apport financier, qui était mince, car il s’agissait pour moi de rompre mon Plan d’Epargne Logement pour financer le stock de l’entreprise. Mais il était à la fois très important et symbolique car cela prouvait ma détermination et mon engagement auprès de mon banquier.

Je savais aussi qu’il faudrait être sérieux, travailleur et prudent en investissements au démarrage, pour avoir des premiers bilans solides et ainsi solliciter des emprunts qui me permettraient d’investir et de passer un cap dans l’aventure entrepreneuriale.

Mais le plus grand pari était celui du saut dans l’inconnu :

  • Est-ce que j’aurai les épaules…
  • Est-ce que je saurai faire les bons choix, car le métier de chef d’entreprise, c’est de prendre des décisions tout au long de la journée, pour soi et pour les autres.
  • Mais surtout, ce que me rappelle souvent mon épouse, c’est que nous n’avions jamais travaillé ensemble (même à l’école où nous nous sommes rencontrés) et nous ne savions pas si nous allions nous entendre dans le travail !

Philippe : Qu’est ce qui a principalement fait la réussite de cette aventure ? Le déménagement, le nouveau magasin ?

Julien : Je crois que notre première qualité, c’est que nous sommes de gros travailleurs et des perfectionnistes, même si nous faisons parfois des erreurs, nous faisons toujours en sorte de rebondir et de déployer deux fois plus d’énergie pour faire encore mieux la fois suivante.

J’en discutais dernièrement avec une de nos collaboratrices, et en faisant le tour de notre gamme de produits, je me suis rendu compte qu’il n’y a plus aucun produit qui soit resté complètement identique à ceux d’il y a 10 ans. Nous cherchons en permanence à améliorer nos produits, par le goût, la durée de vie du produit, son emballage, son aspect…

Cela nous a poussé à améliorer le concept de départ, qui était d’ouvrir le lieu de production aux visiteurs. Chose qui n’était pas très répandue à l’époque.

Dans un premier temps sur le lieu même du rachat, puis dans un second temps nous avons carrément déménagé notre activité dans le village voisin pour construire l’atelier idéal pour notre activité.

Ce déménagement a boosté notre activité et nous a permis de développer notre gamme de produits.

Notre dernier pari, a été l’ouverture d’une boutique au cœur du centre-ville de Lyon, sur la Presqu’île, au numéro 2 de la rue Grenette.

Boutique Bonbons Julien Lyon

Là aussi la recette reste la même : Un lieu accueillant, une pointe de fabrication, un soupçon de bonne humeur, une bonne dose de travail et un maximum de produits de qualité qui ont fait la réputation de la maison. Et bien sûr, le facteur majeur de notre croissance constante depuis la reprise, c’est d’avoir fait le choix de la qualité. Les visiteurs viennent découvrir la fabrication des bonbons, goûtent les produits et ensuite ils reviennent car ils ont apprécié les confiseries que nous fabriquons.

Nous aimons aussi beaucoup ce que nous faisons, c’est important de venir le matin au travail avec l’envie avec un grand « E ».

Philippe : Quels ont été les leviers marketing qui ont permis de faire connaitre votre marque ?

Julien : Le premier grand levier de notoriété, c’est le « bouche à oreille » car en faisant visiter notre atelier, chaque visiteur devient un ambassadeur de la marque. Il n’est pas rare de voir des clients revenir quelques jours après leur première visite pour montrer notre atelier à des amis ou de la famille !

On les entend s’exprimer :

  • Tu vas voir ! C’est génial, ils font des bonbons comme autrefois…
  • Je suis accro aux guimauves, elles sont trop bonnes…
  • Leur caramel à tartiner, je ne fais même plus des tartines avec, je le mange à la cuillère…
  • C’est mieux que chez Haribo, là ils fabriquent devant toi, pour de vrai…

La satisfaction des clients ça reste notre meilleure récompense !

Nous utilisons aussi toutes sortes de supports de communication, presse, radio, guides touristiques, sponsoring d’associations, mais aussi participation à des manifestations du type salon du terroir…

Et dernièrement nous avons même diffusé un spot publicitaire sur une télévision locale.

Nous bénéficions également du réseau des offices de tourisme car notre visite attire de nombreux touristes, et maintenant que l’entreprise existe depuis de nombreuses années, nous avons les grands parents qui viennent avec leurs petits-enfants, alors qu’ils étaient venus il y a 30 ans avec leurs enfants.

Il y a également le web, car depuis le début de notre société nous avons un site internet, ce qui était rare à la fin des années 2000. Il était d’abord une vitrine, puis très vite il est devenu un site marchand et maintenant c’est un véritable prolongement de notre activité.

Nous étions également dans les premiers dans notre activité à créer une page pro sur Facebook. Pour ce qui est des réseaux sociaux, nous essayons de suivre la tendance, et dernièrement nous avons ouvert un compte Instagram.

Philippe : S’il était possible de revenir en arrière et de changer quelque chose, cela serait quoi ?

Julien : Il est difficile de répondre à cette question, car si nous n’avions pas fait certaines de nos erreurs, nous aurions toujours eu le regret de ne pas avoir essayé. Il est évident que si nous avions pu éviter certains écueils, je signerais tout de suite. Mais chaque problème nous a permis de grandir et de progresser.

Il y a une chose que je ferais peut-être plus vite, c’est faire appel à un attaché de presse. C’est un vrai métier de communiquer avec les médias et de leur transmettre de l’information. J’ai l’intime conviction que nous aurions pu faire beaucoup plus parler de nous si nous avions contacté un professionnel des médias plus tôt.

Philippe : Quels seraient vos 3 conseils à donner à un jeune entrepreneur ?

Julien : Le meilleur conseil à donner à un jeune entrepreneur c’est de ne pas lui mentir et lui dire qu’il va devoir beaucoup travailler et qu’il sera le chef d’entreprise 24h/24 et pas seulement de 8h30 à 17h. Il faut être sûr que l’on aime son travail car c’est là qu’il va passer le plus de temps dans sa journée.

L’autre conseil, serait de bien choisir ses collaborateurs et prestataires proches. Il faut pouvoir s’appuyer sur des personnes de confiance et tirer le meilleur parti de leurs compétences, qu’ils soient apprentis, cadres ou conseils juridiques. Chaque intervenant va influencer la vie de l’entreprise, il faut donc être très vigilants au choix des personnes qui vous accompagnent.

Le dernier conseil important c’est de suivre ses envies, son instinct, car il sera le seul au bout du chemin à assumer ses décisions. Il faut faire attention à ne pas se laisser influencer par les donneurs de leçons, qui savent toujours mieux que les autres, et qui diront toujours quel que soit le résultat « tu vois je te l’avais dit ».

Philippe : Merci beaucoup Julien pour cette interview et bravo pour ce beau parcours ! Un dernier mot pour la fin ?

Julien : L’entreprenariat est une fantastique aventure qui peut faire peur, fasciner, anéantir ou même transcender une personne. Pour ma part, et je ne suis pas le seul, maintenant que j’ai goûté aux péripéties de la vie de chef d’entreprise je ne pourrais pas faire le chemin inverse et redevenir salarié dans une autre structure.

Merci Philippe pour votre accueil et votre temps !

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

71 − 66 =