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Intrapreneur et intrapreneuriat, qu’est-ce que ce concept ?


Intrapreneur et intrapreneuriat.

Initié par Gifford Pinchot dans les années 70 et expérimenté au sein du Foresight Group en Suède, ce -presque- nouveau mode d’organisation du travail fait parler de lui chez Google, où, sous l’impulsion de quelques salariés intrapreneurs, il a permis de créer la messagerie Gmail. On l’a vu également à l’œuvre chez Sony, où il a donné naissance à la PlayStation de Ken Kutaragi ! Fort de ces exemples à succès, l’intrapeneuriat tente aujourd’hui de s’exporter en France.

Mais qu’est-ce que l’intrapreneuriat exactement ?

Le concept se distingue de l’entrepreneuriat, qui a pour but de créer de la valeur, que celle-ci soit matériel (ressources, emploi, richesse) ou à but non lucratif. Si pour Peter Drucker, il faut prendre des risques, on peut affirmer que c’est rarement le cas en France, où la culture d’entreprise a plutôt tendance à camper sur son mode de gestion rigide de peur d’impacter négativement sa réussite.

Lisez à ce sujet l’article de Dominique Van Deth, intitulé : « Peut-on utiliser l’entrepreneuriat pour changer la culture d’entreprise ? » où il aborde entre autres la mobilisation des profils atypiques et l’innovation disruptive comme leviers de la recherche de chiffre d’affaire additionnel.

Le terme intrapreneuriat, popularisé par Steve Jobs dans Newsweek en 1985 quand il y fit référence à propos de l’entreprise Macintosh, désigne une pratique d’accélération de projets, de transformation et d’innovation au sein de la société (open innovation), ce qui crée une valeur nouvelle.

Il commence en général par un appel à idées en interne dans l’entreprise, ce qui permet d’identifier les personnalités volontaires, qui deviendront porteurs de projet innovants, puis intrapreneurs. Il s’agit d’une forme de don de la part des collaborateurs, mais pour que le système fonctionne, l’émulation doit se faire des deux côtés : la société a tout intérêt à montrer son engagement et rendre (contre-don) ce qui lui est donné, sous la forme d’une formation, ou d’un accompagnement des volontaires même si leurs idées ne sont pas retenues, par exemple.

Le concept en lui-même repose sur la théorie du management, le blason sociodynamique de la performance dans lequel 4 modèles se distinguent (Mécaniste, tribal, individualiste et holomorphe), que l’on peut ensuite utiliser pour caractériser tout ou partie d’une entreprise. Si actuellement, c’est le modèle mécaniste qui l’emporte en France (et dans le monde occidental en général), l’intrapreneuriat, lui, pousse plutôt le groupe vers une dynamique holomorphe. Basée sur le jeu d’équipe, ce modèle prône une dialectique positive entre le moi unique et le moi multiple (l’ego et l’eco), tout le contraire du modèle mécaniste et rigide avec sa hiérarchie verticale. Tout en disposant de plus d’agilité, l’intrapreneur sait rester corporate et cultiver les valeurs de son entreprise en proposant des projets innovants.

On ne parle pas de vol des idées de l’entreprise : tout en restant salarié au sein de son organisation, l’intrapreneur propose une expérience, un projet viable en accord avec ses valeurs et qu’il peut réaliser au sein de la firme qui l’héberge. Il suffit de peu à la direction pour transformer une idée innovante en business rentable !

L’intrapeneuriat a t-il de l’avenir en France ?

D’après une enquête publiée par Deloitte, Cadremploi et Viadeo, 72% des sondés seraient intéressés par le concept, tandis que 75% des répondants plébisciteraient les entreprises qui mettent en place une démarche d’intrapreneuriat. Autant dire que le concept plaît malgré qu’il soit encore méconnu du grand public !

Les grandes entreprises sont parfois prises au piège de leur propre taille : lourdes, peu agiles, leur inertie de groupe les rend difficiles à manœuvrer dans les domaines qui évoluent très vite comme les nouvelles technologies, ce qui leur fait parfois perdre des clients. Ainsi, pour favoriser l’innovation, la nouvelle activité peut être isolée du business principal : par exemple chez Orange, c’est au sein des Orange Gardens que la société s’affaire à accueillir les projets d’innovation du groupe de téléphonie avec ses intrapreneurs. On recrée la start-up au sein de l’entreprise, en quelque sorte, comme dans l’exemple de Microsoft.

Si un projet est véritablement porteur, il arrive qu’il se détache de sa structure d’origine, comme on l’a vu chez Thales, où Heropolis a développé une application collaborative qui vise à renforcer la sécurité des citoyens au quotidien. Parce que les dirigeants de Thales ont su reconnaître le potentiel du projet, accompagner son développement et parier sur son succès, l’initiative a pu aboutir à une création d’entreprise et devenir véritablement autonome.

On peut voir ainsi que l’accompagnement interne dans la prise d’initiative est une des clés de la réussite de l’intrapreneuriat, qu’il s’agisse de cibler un nouveau produit ou un nouveau service porteur d’avenir.

Est-il possible de devenir intrapreneur ?

Tout le monde au sein d’une entreprise est invité à collaborer pour faire avancer le sujet : les ressources humaines, les salariés, les dirigeants, etc. : l’idée novatrice, viable, peut surgir de partout dans un contexte interne rendu favorable ! Charge ensuite à la direction de savoir reconnaître la bonne idée parmi la pépinière de projets proposés, celle qui fera du chiffre, et la cultiver pour transformer l’initiative du salarié en business. Véritable projet d’entreprise agile, c’est ainsi que l’intrapreneuriat se met en place au sein de la société et qu’il génère de nouvelles activités, issues d’un processus de sélection.

Il ne faut pas avoir peur des nouvelles expériences, au contraire, par exemple en proposant un terrain fertile aux expérimentations des salariés et à la croissance de nouvelles idées à la page dans un environnement contrôlé… mais pas trop ! L’intrapreneuriat peut ainsi faire partie intégrante de la stratégie de développement de l’entreprise en misant sur les idées de chacun, dans un contexte souple favorable à l’émergence, à la découverte et à l’exploration de nouvelles pratiques de business.

Tester l’intrapreneuriat

Par le biais d’un questionnaire, vous pouvez tâter le terrain en interne au sein de votre entreprise : vos employés sont-ils intéressés par l’intrapreneuriat ? Que savent-ils de ce concept ? Souhaitent-ils l’expérimenter ? Ont-ils des suggestions de projets inédits ? En fonction de leurs réponses, vous pourrez personnaliser votre approche et proposer un appel à idées sur la base du volontariat. Ceux qui le souhaitent pourront devenir intrapreneurs !

Un excellent conseil qui revient souvent : « Fake it until you make it », c’est à dire : « Faites semblant jusqu’à ce que ça fonctionne ». L’important dans la démarche d’expérimentation, c’est de tester les produits, de proposer des solutions novatrices, « out of the box » et surtout, de s’éloigner des hiérarchies rigides des sociétés managées à la française. L’échec n’est pas une fin en soi !

Quelques livres à lire sur le sujet

  • 11 Compétences à Développer pour devenir Intrapreneur, par Peter Drucker, théoricien du management et consultant en management d’entreprise
  • Transformez votre Entreprise de l’intérieur, par Emmanuel de Putzel qui a littéralement « transformé son hobby en job ». D’ailleurs, on a récemment vu la mise en place Bivwak!, un projet d’intrapreneuriat à impact positif au sein du People’sLab4Good Chez BNP Paribas, la banque leader de la zone euro au sein de laquelle Emmanuel a travaillé.
  • Peut-on Manager les Intrapreneurs, par Olivier Besso, cofondateur des cabinets Advisor et LinkTech Venture
  • L’Elan Social Dynamique, par Jean-Christian Fauvet, spécialiste de la sociodynamique (une discipline de management que l’on peut résumer par « le mouvement par les hommes »). Il a travaillé chez Bossard Consultants en tant qu’intrapreneur, et où il a également donné des conférences, des formations, etc.
  • Donner et Prendre, la coopération en entreprise par Norbert Alter, un indispensable pour tous les entrepreneurs
  • Ce n’est pas un livre, mais consultez les pages web du spécialiste des relations startup vs grands groupes, de la croissance des startups et de l’intrapreneuriat, Dominique Van Deth. Il intervient régulièrement dans des colloques, des conférences et autres manifestations en tant qu’entrepreneur.

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